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Jun. 13th, 2009

Chassez le naturel, il revient à grandes eaux

Samedi 13 juin - 23h30
 

Devant moi, la rivière coule.
Qu'elle est laide, cette rivière. Rien de plus qu'une rivière artificielle qui est venue remplacer les tas de terre sur lesquels je courais, dans mon enfance.

L'eau ne bouge pas - on dirait qu'elle est morte, croupie. Seul à un endroit, un vague courant paraît, formant la seule maigre trace de vie de l'onde, avec le bruit perpétuel de l'eau qui s'écoule.
Rien de plus qu'une rivière affreuse, parce que certains ont considéré que les tas de terre que mes yeux d'enfants aimaient pourtant l'étaient encore plus.
Pourquoi l'homme souhaite-t-il toujours tout contrôler...
Toujours tout contrôler...

Je ne suis pas ta chose.

Je ne voulais pas. Je ne voulais pas te contrôler. Je voulais juste que tu m'aimes. Tu me disais que tu m'aimais.

J'ai pas besoin d'avoir toujours quelqu'un derrière moi.

Je ne voulais pas. Je te sentais t'échapper, je voulais comprendre. Je voulais t'aider.
J'avais peur que tu m'abandonnes. Je voulais que tu m'expliques.

Pff... T'es pathétique.

Et maintenant ?
Rien ne reste, rien ne change...

Je n'aurais pas dû revenir ici. Je ne sais pas ce qui me pousse ainsi à chercher à me confronter à mon passé. Peut-être avais-je l'espoir de retrouver certaines choses.
Pourtant, je sais bien, chaque fois, c'est de pire en pire...

Mais tout allait bien, tout allait bien... La musique m'aide, ils m'ont aidée, ils me portent. La musique est la thérapie qu'il me faut.
Tout allait bien... Jusqu'au moment où tout n'est plus allé.

A nouveau, le néant. Sentiments instables qui ne cessent de changer, d'une incroyable sérénité qui m'emplit, à un Vide complet qui me creuse, m'angoisse.

Je fuis la scène, je ne veux pas écouter, et je te fuis toi, je ne te regarde même pas, je sais que tu es là, je sais qu'ils sont là aussi, et je ne veux pas, et je me sens bête, et je me sens mal, et l'eau m'appelle, et je vais vers elle, et je la regarde. Eau dégueulasse...
Tout me semble dégueulasse...

Ca me manque, moi aussi, ça me manque, tu sais. Mais puisque nous sommes toutes les deux trop fières pour le reconnaître ouvertement, alors continuons à jouer à ce jeu.

Ca va ? Oui, ça va. Et toi ?

C'a l'air d'aller. Tu es bien entourée. Tant mieux alors.
Sourions.
Chacune notre vie.

Dérision. Cynisme.
Au fond, il n'en tiendrait qu'à moi, d'aller vers toi, d'enfin te le dire.

Arrêtons cette comédie.

Peut-être que j'aurais la force de le faire, si seulement j'étais sûre que pour toi aussi, trop de choses n'ont pas été dites.
Mais peut-être que ce n'est simplement pas le cas.

Peut-être que toi, quand tu es avec eux, tu te sens réellement bien. Après tout, moi aussi, il y a d'autres gens avec qui je me sens bien.
Peut-être que tes sourires, à toi, sont sincères. Après tout, moi aussi, il m'est arrivée de me sentir heureuse.
Peut-être que c'est sans arrière-pensées que tu soutiens mon regard. Après tout, qu'est-ce qui t'en empêcherait ?
Peut-être alors...
Alors...
Peut-être qu'alors, après tout, ça y est... C'est vraiment la fin.

Devrons-nous alors jouer ce jeu éternellement, jusqu'à ce qu'il devienne enfin un reflet de la réalité pour nous deux ?
Ce n'est pas parce que les fantômes du passé continuent à me hanter que je peux me permettre de les réintroduire dans ta vie, si toi, tu as réussi à t'en débarasser...
C'est si dur d'aimer. Comment fais-tu ? Apprends-moi à être aussi désinvolte.

Alors oui, ce serait réellement fini...
Et pourtant rien n'écrit le mot fin.
Une fin dans un grand silence, comblé par quelques réminiscences de cette complicité qui fut la nôtre - plus rien qu'un pâle masque parce que c'est toujours plus simple de s'effacer lentement que de disparaître brutalement.

Je ne suis pas sûre de vouloir encore aimer.
Ce qu'il y a en moi me dévore de l'intérieur, sans que je le comprenne, toujours plus. Je pourrais entraîner des gens dans ma chute. Je ne suis pas sûre d'avoir le droit d'aimer.Je crois que je ne sais plus aimer.

Toujours des masques. Toujours des silences. Et pire que les silences, des non-dits. Des mots banals pour remplacer ceux qu'il faudrait dire. Ceux qui appellent à être dits. Ceux qui ont trop longtemps été tus.
Ceux qui ne seront probablement jamais dits...

Tu m'as appris l'hypocrisie.

Nausée.

Et pourtant certaines choses reviennent. Ces surnoms qu'on utilisait si souvent - ces notions oubliées - ces souvenirs communs. Allusions au passé..
Alors... Dis... Est-ce que toi aussi, ça te manquerait ? Est-ce que toi aussi, tu essaierais de te persuader que c'est bien fini, que c'est inutile ?
Ou alors c'est simplement ainsi que cela doit être dans ton esprit... Et il ne me restera plus alors qu'à l'accepter.
Et attendre que tout s'efface. A mon tour.

Derrière moi, la foule s'agite. Le bruit. La scène, les lumières, ce groupe médiocre et son set interminable, les basses qui font trembler les coeurs, le public, les applaudissements, les chansons qui défilent, encore source de souvenirs, les voix, leurs voix, la tienne. Toi, parmi tout ça.

Et face à moi, la rivière coule.


May. 25th, 2009

La danse immobile de l'ombre

Lundi 25 mai 2009 - 17h30


Elle danse.

Non, bien sûr, elle ne bouge pas. Mais il suffit de la regarder pour le voir. Si immobile soit-elle, elle danse. Elle est faite pour être toujours active, toujours présente.

Elle a pris sa forme et danse, sur ma peau, par mes mots, vivante aussi longtemps que je le resterai, peut-être même dansera-t-elle encore quand je ne serai plus.

Une danse d'un monochrome sombre. Une danse de l'ombre.

J'ai toujours été envahie par les ombres.

Les ombres dans le noir...

Le noir dans ma tête. Le noir dans ma chambre. Le noir dans mes yeux - pupilles trop sombres, trop cruelles, au jugement si impitoyable. Le noir de mes vêtements, de mes cheveux qui repoussent trop vite, de ces innombrables grains prétendus "de beauté" qui ne font qu'accentuer la trop évidente paleur de ma peau...

Le noir, le noir, toujours le noir.
Comme un enterrement sans fin, le deuil éternel de tout ce qui était mais ne sera plus, de tout le mauvais qui laisse sa place au pire.

Un noir que je ne connais que trop, qui ne fait que s'assombrir, d'année en année, à mesure que je découvre que ce pire existe bel et bien, et qu'il s'installe de plus en plus en moi.

Un noir mauvais, oppressant, comme une fatalité, une malédiction à laquelle je ne pourrai jamais échapper.

Prisonnière du noir...

Mais elle, c'est un autre noir que m'apporte sa danse nouvelle.

Je commence juste à le découvrir ; il est arrivé, subrepticement, sans que personne ne s'en aperçoive.

Un noir différent de celui de mes pupilles que je n'ose plus observer, de celui qui se trouve partout autour de moi, en moi.

Un noir qui ne serait pas le deuil ; un noir qui ne serait pas le pire. Un noir de vie, plus doux que les autres, qui, au lieu d'imposer son triste et douloureux monochrome, appellerait à la venue de couleurs nouvelles.

Une obscure présence qui, au lieu d'être angoissante, deviendrait rassurante.

Passer de ce pire qui succédait au mauvais, à un bon, peut-être même un meilleur.

Face au miroir, au sombre reflet, je cesse cette fois de m'accrocher au lourd et douloureux noir de mes pupilles ; et mes yeux qui se fixent sur ce nouveau point d'ombre passent de la rancoeur et du mépris à la simple observation et la curiosité. Une curiosité même presque naïve - émerveillée.

Une curiosité naturelle, qui sera sans doute remplacée bien vite par de l'habitude... Mais pour l'instant, ce noir-là est encore une nouveauté ; quelle étrange expérience !

Ils ne me réprimandent plus, mes yeux ; ils caressent simplement le motif formé par ce noir nouveau, le détaillant, enfonçant en lui par le poids de leur simple regard des années de souvenirs, des flots de douleurs et bonheurs mêlés, une montagne de symboles perdue dans ces nuages de traits...

C'est elle, on la voit, on la reconnaît bien même. Un cygne me l'a offerte un jour sur la plage de mon enfance, elle m'a portée à travers les écumes de mon adolescence, et maintenant, elle prend son indépendance... et sur les eaux sombres et froides de ce monde dont je ne vois pas la fin, c'est moi qui la porte - hommage au cygne, à la plage, à tout ce qu'elle a vu et vécu avec moi.

Elle n'est pas encore totalement mature ; comme éternellement entre deux eaux, à jamais partagée entre la fragilité de son duvet et l'affirmation de l'encre qu'elle porte.

Elle se trace sur ma peau, sans rien tracer d'autre ; l'encre qu'elle porte est encore muette, et c'est par le vide qu'elle s'exprime, comme l'a toujours fait mon coeur.

Un jour, sans doute, l'encre s'ajoutera, nouvelle couleur, noucelle essence de mon esprit, et elle saura quoi écrire, poser les mots. Mais pour le moment, elle reste silencieuse, simplement éloquente par sa présence, sa forme, ses traits et sa douceur.

Mes yeux restent fixés, encore et toujours, et à travers cette nouvelle ombre, ils revoient toutes les images qu'elle masque, et que je pensais bien enfouies. Autant de souvenirs que de filaments, tous liés par le fil de mes pensées, chacun venant s'imposer dans mon esprit, et un bref instant, je le revis, je le ressens.
Ma main se lève, de sa volonté propre, comme pour aller s'assurer de sa présence, comme pour aller la ramasser ; mais, en sachant qu'elle ne le pourrait pas, elle change sa trajectoire et vient se placer au-dessus.

Mon coeur bat ; c'est comme si j'allais faire une nouvelle crise, comme quand je tente de croiser mon regard trop longtemps. Pourtant, non, pas cette fois. Cette fois ce sont simplement les souvenirs que mes yeux croisent, qui défilent au rythme des battements, un peu trop vite mais... Quelle étrange sensation.

Même en étant prête, je n'aurais jamais songé qu'un simple noir pourrait ainsi me renvoyer tout cela.

Les images continuent à tourner dans ma tête ; et je ferme les yeux pour les voir plus distinctement.

Au fil des souvenirs, à nouveau, mes maux se transforment en mots ; une onde de mots qui gronde en moi, prête à rompre les digues.

Immobile sur ma peau, derrière mes paupières elle s'agite, et vient tracer ces mots en moi. Ca tourbillonne, là-dedans. Les barrages cèdent..

J'ouvre les yeux, pour refaire face à ce reflet.
Un reflet nouveau, changé par un simple détail et l'envolée de mots-mémoires qu'il appelle par sa simple présence.

Je peux m'observer, à nouveau, un peu. Sans regard méprisant, sans regard meurtri.

Un sourire nostalgique, une mélancolie, d'aucuns parleraient de spleen...

Voilà, je l'ai trouvée. Elle est là, elle restera là, toujours avec moi. Elle est là, elle est moi. Elle l'a toujours été, mais désormais, on peut la voir...

Elle danse sur moi, sans bouger, simplement par la magie de sa présence.

Elle danse, et moi, je la regarde, simplement. Le sourire aux lèvres, les larmes dans les yeux.

Les mots dans le coeur, la plume sur le corps et l'encre dans la peau...

Apr. 8th, 2009

Ces envolées mesquines...


Mercredi 8 avril - 11h

 

Les amis de mes amis... Je ne le connais pas bien, je ne le vois que quand je suis avec les autres. Pourtant je sais ce qu'il a dans la tête. Cela fait quelques temps maintenant que je le sens, que je le sais.
Il a beau ne rien dire tout haut, c'est si clair, limpide, transparent.
Et au lieu de me sentir flattée, ça me dérange. Pire ; ça m'exaspère.
De quel droit peut-il ressentir cela ? Il ne sait rien, rien du tout, je n'ai jamais rien montré, de quel droit peut-il penser ressentir cela ? Car il ne le ressent pas réellement, il pense que c'est ça, mais je sais bien que non. Il ne sait rien, et je ne veux pas qu'il sache. Sa façon d'être avec moi m'exaspère, sa douceur et son attention m'exaspèrent, il croit me connaître mais il ne sait rien, il ne sait même pas comment me faire plaisir, il ne sait que me fatiguer !

Quand je suis à côté de lui, je me sens comme une de ces éternelles insatisfaites du temps des salons, de celles qui se jouent des hommes en faisant mine de leur accorder leurs faveurs pour mieux rire d'eux.
Mais moi, je ne fais même pas mine, et il ne me fait pas rire. C'est tout juste si je parviens à conserver un semblant de sourire bienveillant, pour masquer ma lassitude. Oui ; il me fatigue.
Je voudrais ne pas le blesser, et pourtant, il le faudra, et quelque chose me pousse, me taraude, quelque chose que j'ai envie de faire depuis longtemps, quelque chose d'ignoble, d'infâme, et de tellement tentant.

Cette fois-ci, je me suis mise d'accord avec une amie. Nous savons quand il va arriver. Elle n'est pas tout à fait d'accord avec mes méthodes, mais ça l'amuse aussi.
Nous attendons, avec le reste du groupe. Il est toujours en retard aux regroupements, et moi, pour une rare fois, j'étais en avance.
Je me tourne vers elle et lui demande si elle est toujours d'accord pour jouer le jeu.
Je sais que je peux avoir confiance en elle ; elle sait qu'elle peut avoir confiance en moi. Elle confirme.

Nous attendons, nous rapprochons l'une de l'autre.
Lui arrive, il s'approche.
Je commence à la prendre dans mes bras, elle se laisse faire, me suit.
Je sais qu'il regarde.

Rapidement, je pose mes lèvres sur celles de ma complice. Je sens qu'elle réprime un rire - moi aussi.
Je suis affreuse. Elle aussi, peut-être, mais c'est moi qui l'ai enrôlée dans mon plan un peu machiavélique.

Nous nous séparons tout sourire. En vérité, il ne s'est pas vraiment passé grand chose ; mais l'illusion était créée. Les deux autres à nos côtés se doutent de la supercherie.
Pas lui.

Je garde la main de ma complice dans la mienne et le salue avec un sourire bienheureux, même pas feint. Je me sens réellement bien, sûrement trop.

La désillusion sera courte, il partira rapidement.
J'ai vu ses yeux. Fini, le trop plein d'attention, de douceur. Place à l'incrédulité, l'incompréhension.
Mon coeur bat un peu vite, à peine pincé par une légère pointe de remords, surtout empli par une immense satisfaction, une fierté mesquine, la jouissance de la manipulation. Je suis un être horrible, incapable de s'accorder, à la fois terriblement imbu de lui-même et répugné par ses actes. Une chimère insupportable d'orgueil et de honte, qui se repait du regard de celui qu'elle vient vicieusement de briser.

Il n'avait pas le droit de m'aimer.

Mar. 28th, 2009

Plongée interne


Samedi 28 mars 2009 - 21h environ

I live no more to shame nor me, nor you...

Ces mots, combien de fois je les ai récités, les yeux fermés, une boule dans la gorge. Et là, ça y est, je les entends par une voix autre que celle de mes enceintes, autre que la mienne... Je réalise enfin.
J'ai apprécié les cinq chansons précédentes, de loin, comme une spectatrice, extérieure... Mais cette fois, ça y est, je suis dedans, je le sens, c'est en moi, en mon cœur ; la musique me prend, me berce, m'emplit ; mes souvenirs affluent et ma gorge se serre.
Arielle pleure à côté de moi, je vois ses yeux qui brillent, je vois ses larmes couler, des larmes qui me ramènent plus tôt, il y a longtemps, pas si longtemps, mais trop longtemps...

La chanson se termine sur cette voix d'enfant brisé, reflet d'une âme déchirée ; mon miroir ? Pas vraiment, mais comme un bout de mon passé, un bout de mes questions, des douleurs que j'éprouve, des erreurs que j'ai faites.
La chanson suivante enchaîne, et il ne m'en faut pas plus. Je croyais que je tiendrais, je le croyais vraiment. Je croyais que le fait d'avoir tout organisé à la va-vite, que l'absence de l'attente interminable permettrait que rien ne soit trop secoué en moi. Mais non.
Jusque là j'appréciais le moment sans m'apercevoir de sa portée.
Et maintenant, tout revient...

Ces murmures effacés, cette lente introduction, l'an passé j'étais au même endroit, non pas au même endroit géographique, mais au même endroit musical, au même endroit sentimental. Un an, à treize jours près, un an et tellement de choses...
 

The end...
 

Une nouvelle fin à ce début que j'avais posé après le dernier concert. Un nouveau cycle qui se termine, pour recommencer. La fin - le début.
Mais quel cycle...

 Empathica... Innocence...

L'an passé, je n'avais pas pleuré. Pas sur cette chanson. L'an passé, je croyais la comprendre, cette chanson. Mais en fait, je n'avais rien compris. Ou pas tout en tout cas. Est-ce que j'ai mieux compris, maintenant ? Oui, un peu au moins. Un peu, que j'aurais préféré ne pas comprendre.
Ne pas voir ce qui est perdu à jamais.  

Poet without a rhyme.

Oh, cette sensation, celle d'avoir quelque chose en soi, quelque chose à graver quelque part, et que rien ne sorte. Etre poète, ce n'est pas seulement écrire de la poésie ; ça, c'est même plutôt facultatif.

Le Suisse allemand derrière moi chante. Faux. Très faux. Encore moins bien que mon cousin.
Je me retourne et pose mon doigt sur mes lèvres. Il comprend le geste, rit et me tape sur la tête. On n'était pas en très bons termes au début du concert, quand il croyait encore que j'étais une newbie qui s'évanouirait vite ; mais quand je lui ai éclaté les pieds en hurlant en chœur avec Pain, il a compris qu'il y avait erreur sur la personne, et a retiré son bracelet à piques de mon dos. Et quand nous avons chanté diverses chansons plus ou moins stupides en attendant Nightwish, et hurlé après les vigiles pour avoir de l'eau, nous avons d'un commun accord tiré la conclusion que nous pouvions être très bons amis, au final, même si chacun était totalement incapable de comprendre la langue de l'autre.
Je me tourne à nouveau vers la scène, un peu amusée, mais toujours cette boule dans la gorge. Lui a arrêté de massacrer la chanson. Il n'est pas dupe, malgré mon rire, il a vu mes yeux briller. Il sait respecter un moment pareil.

C'est comme si toutes les notes que j'avais emmagasinées dans ma poitrine pour la chanson précédente s'enfuyaient, d'un coup, violemment, s'arrachaient à moi, comme un départ à zéro, une violente explosion.

One last perfect verse
Is still the same old song

 J'ai la nausée.
Froid.
Non.
Pas maintenant.
Je croyais que c'était fini, mais c'est toujours pareil.
Ca recommence. Un nouveau cycle...

Je hurle.

Oh Christ, how I hate what I have become

A l'intention de celui qui a écrit ces maudits mots, ces mots que j'aurais préféré ne jamais être capable de comprendre, celui qui est là en face de moi, qui chante aussi, les yeux rivés sur son clavier.

Take me home

Et je ne vois plus rien. Le premier refrain disparaît dans mon noir interne ; et ma nausée, toujours. J'ai perdu des vers en cours de route, des strophes complètes, un poème entier. Un froid, un grand froid au milieu de cette chaleur humaine, comme si plus rien n'existait.
Je me cramponne à mon poignet meurtri ; oubliée, la barrière. Oubliée, la scène. Oubliés, les gens. Juste la musique qui m'arrache les tripes, mon cœur qui bat de plus en plus vite, qui bat trop vite, qui essaie de sortir de ma poitrine.
Je tremble. 

My home was there and then

C'était avant. Tout ça. C'était avant. C'est dans ma tête.
C'est fini - ça ne peut pas - mais si, c'est fini ! C'était alors, et plus maintenant.

Douleur.
Des images. Des mots. Des bouts d'avant qui s'imposent malgré moi. Revivre malgré moi ce qui est, ce qui doit être fini. Comme avant.

No more praise, tell me once my heart goes right

Que mon cœur fonctionne pour une fois.
Dites-moi que pour une fois j'ai choisi le bon chemin. Et rien de plus.

Des images encore. Des mots encore.
Plus rien, rien que moi, mon noir, mes tremblements, mes souvenirs.
Des images qui s'imposent.

Non. Non. Non !

Le refrain file et avec lui les images de mon esprit. Toujours plus vite. Je voudrais que tout s'arrête, un instant. J'ai la nausée, vraiment. Je sens des bras passer autour de moi.
La musique se calme, j'essaie de me reprendre, je respire, je sens les bras autour de moi, je sens le creux en moi, je ne dois pas vomir, pas maintenant. Le concert est loin d'être terminé, je dois tenir jusqu'au bout, comme tous les autres concerts, comme toutes les autres situations, ne pas craquer plus que je ne l'ai déjà fait. 

Whose guiding light chose you
Chose you all

Vous, pour vous, moi pour vous, par pour moi, pas vous pour moi, pas moi pour moi...
Je me sens repartir. Ca ralentit trop maintenant. Mon cœur est parti, il n'est plus là, il est allé si vite qu'il s'est arrêté. J'ai mal, encore.

J'ai peur, peur, si peur, d'être à nouveau souillée, encore, encore, et encore. Je sais comment je mourrai, seule, mais aimée, peut-être.

J'ai vécu assez longtemps pour faire l'expérience de la Peur, assez longtemps pour être spectatrice de mes propres hurlements de douleur, assez longtemps pour voir tout ce en quoi j'ai confiance me trahir.
Voilà un an que je me suis moi-même ligotée à cet autel, inconsciemment. Et maintenant, je compte les minutes. Je voudrais que le vent me prenne, m'arrache cette douleur qui me ligote, m'arrache ces images que mon esprit m'impose, ces reflets de tout ce que j'ai vécu, toutes ces choses en juste un an....

Et voilà la musique qui hurle, reflet de ce tourbillon que j'ai en moi. Vous êtes sûrs que c'était un an ? Pour moi, c'était une éternité.
Je ne cesse d'avoir des haut-le-cœur, mais j'ignore le vigile qui hésite à m'évacuer. Non, on ne m'enlèvera pas d'ici. Mes yeux restent fixés, fixés sur ce bassiste qui me ramène dans le passé, puis fixés dans le vide, emplis de ces images. Décors, paysages, regards, visages, mots, gestes, joies, peurs, froid, chaleur, honte, sourires, pleurs, beauté, haine, désespoir, recommencement... Souvenirs.

Tout m'emplit à nouveau, d'un coup, tout revient en moi, avant de repartir d'un seul coup, brutalement, comme une vague violente, puis revient se briser encore en moi, puis se retire en ne laissant qu'une écume au goût trop amer pour mon corps.
Encore un haut-le-cœur. Hoquet. Je baisse la tête, ferme les yeux, essaie de me calmer mais c'est encore pire. La nausée m'emplit la gorge, je regarde à mes pieds, je me demande si je vais vraiment vomir.

Il ne faut pas. Je dois tenir. Je tremble - j'ai mal !
Les bras me serrent toujours, me retiennent à cette réalité que je remplace peu à peu par une autre, la mienne, celle d'avant.
Je respire, un peu, et je chante, parce que je veux chanter. C'est dur, j'ai mal, je manque d'air, et mes sanglots détruisent ma voix. 

Get away, run away, fly away
Lead me astray to dreamer's hideaway

Je me demande si je vais y arriver. Ma voix se brise. Je serre la barre, je respire, je serre la main contre mon bras, et je fixe l'auteur de ces mots maudits, je les lui renvoie, comme pour lui faire mal autant qu'ils me font mal, comme une simple vengeance qu'il ne pourra que comprendre.

Forgive me, I have but two faces
One for the world, one for God, save me
I cannot cry cause the shoulder cries more
I cannot die...

Deux. Deux. Deux moi, différents visages, différents noms, différentes apparences, deux moi, dualité éternelle, une qui se cache et une qui s'offre, qui se donne, qui se vend, qui se prostitue, pour devenir indispensable. Sainte et souillon, ange et pêcheuse, naïve et traînée.
Je hurle à nouveau, je vomis ses mots.

 ...Moi, la putain de ce monde si froid !

Et comme je hurle, je le vois. Regard.
Ses yeux brillent, mais je ne sais pas... D'un seul coup, c'est une autre personne que j'ai face à moi. C'est lui, ce n'est pas lui, c'est celui que j'aime, c'est celui que je hais, c'est moi-même et personne aussi.

Un regard. Et un Vide.
Je me bloque. Tout se bloque en moi.

Je viens de me heurter à un miroir encore plus dur que celui de la réalité. Je viens de me heurter à un mur de douleur, la mienne, la sienne, celle de tous, celle de la musique entière. Je ne sais pas ce que j'ai vu, mais je sais ce que j'ai senti.
Figée. Mon froid et le chaud à la fois. 

Save me.

Tout éclate - et pas que mon intérieur. Je chasse les images, petit à petit.
Une pluie rouge s'abat sur nous, à n'en plus finir. J'en attrape des gouttes en ruban... Une extrémité dans ma main, l'autre dans celle d'Arielle, qui a relâché son étreinte sur moi.
Nous nous nouons chacune des extrémités du ruban à nos poignets respectifs. Liées, pour la fin de cette chanson, jusqu'à la fin de ce concert.
Je pleure toujours, mais j'ai moins froid. Je tremble encore, mais les images s'éloignent.
Le vigile garde ses yeux sur moi.

Et la musique, toujours. Comme un baume sur l'immense cicatrice interne de ma poitrine. A la fois brûlante et apaisante.

Oh, when did you become so cold ?

Cette question que je ne me posais pas, il y a un an.
Mon cousin me jette des regards inquiets, mais essaie d'occulter -il sait que cela passera.
Le Suisse allemand derrière doit mettre ça sur le coup de l'émotion. Il n'aurait pas tort, quelque part.
Quand ai-je attrapé ce froid ?
Il est plus vieux qu'il y a un an, pourtant. Mais plus fort aussi, de plus en plus, à chaque fois plus virulent. 

All I need is to feel your love...

Je chante, je m'approprie les mots, en fixant toujours leur auteur, pour les renvoyer vers lui, comme pour l'accabler. Est-ce ce qu'il ressent ? Est-ce que chaque personne qui chante ses mots, qui les retourne vers lui, enfonce un peu plus la lame dans son froid à lui ?
Mais cette fois, il n'y aura plus de regards. Plus, jusqu'à la fin du concert.
Et quelque part, je suis rassurée. 

You have such oceans within

De l'océan ? Des eaux intérieures. Gelées. Si froides qu'elles s'en sont évaporées - de l'air humide et glacial.
Il n'y a pas que ça en moi. Il y a tout ce qui est remonté aussi, pendant cette dizaine de minutes. Toutes ces images, toutes ces peurs, tous ces souvenirs, tout ce qui s'est passé en un an - comme s'il y en avait eu plus en douze mois que dans tout le reste de ma vie, comme si tout avait été passé en accéléré devant mes yeux.
Je respire. Mon cœur reprend un rythme normal.
Je pleure toujours. J'ai mal toujours. Mais de toute façon, je sais comment ça va se finir.

Ca y est, c'est terminé. Mon avant file. Mes souvenirs s'en vont petit-à-petit. Le raz-de-marée se retire lentement...
La nausée s'en va doucement. Le grand Froid, le grand Vide se laisse à nouveau emplir par les notes, par une nouvelle chaleur. Pour un nouveau départ, encore un nouveau cycle, à la fin de ce concert.
 

In the end, I will always love you...

 Accepter.
Pleurer, sourire, et respirer. Et m'emplir à nouveau. Car après le Commencement, eux ne laissent aucun répit. Et déjà, je dois me remettre sur pieds, prête à ne plus pleurer. Prête à chanter que tout ce que je souhaite, c'est rêver encore. Et prête à le faire, les bras tendus vers le ciel, les yeux brillants d'une autre lueur, émerveillée, pour me faire enneiger.
Pour fermer ce cycle et en ouvrir un autre en retrouvant le moment présent.

En l'espace d'une chanson, c'est toute une année que j'ai revécue. Une année belle, dure, cruelle, trop vide et trop pleine à la fois. Sans doute la plus belle et la plus douloureuse jusque là.
Toute une année et toutes les peurs, tout le mal, toute la détresse, toutes ces choses qui me hantaient, toutes ces choses que je ne pouvais accepter. Nul doute que j'ai toujours autant de mal à les accepter ; mais l'espace d'une chanson, j'ai été en harmonie avec elles. J'ai revécu et paniqué ; revu et pleuré ; je me suis souvenu et j'ai tremblé.

Mais toutes les angoisses ne sont pas mauvaises à prendre. Celle-là m'a plongée dans la détresse, m'a plongée dans la musique, m'a aspergée de souvenirs et de larmes, et m'a purgée de tout.

Prête, pour encore un nouveau départ.

The Beginning.

 

Mar. 8th, 2009

Deus-orientée

Dimanche 8 mars 2009 - 22h30

Me forcer à écrire parce que ça ne va pas, alors que ma seule envie est de continuer à souiller ma peluche et mon oreiller de mes larmes...

Ma tête est si embrumée que j'ai du mal à aligner les mots. Je les oublie, les confonds, les mélange ; on dirait que je suis saoûle. Ivre de fatigue peut-être, ivre de désespoir, désespoir pourquoi?

J'ai mal.

Parfois tout va bien, et puis tout retombe après. Etat-limite, je passe mon temps à marcher près du gouffre ; pas étonnant que je tombe quelquefois.

Un jour on m'a demandé si j'avais été détruite. J'ai répondu que oui, mais que c'avait été un bon moyen de me reconstruire.

Mais je n'y arrive pas.

Je me suis reconstruite. En fait c'est incroyable ; j'arrive même à aimer ce que je vois dans le miroir, l'image que je renvoie aux gens.

Mais à l'intérieur c'est fini, tout est fini.


Quand j'étais jeune, dans mes années collège que j''en viens à regretter, alors que j'étais naïve, manipulée, idiote, quand j'ai appris ce que vide voulait dire, ce que pleurer voulait dire, quand mon angoisse a commencé, je tentais parfois de faire comme la fausse Stéphanie : essayer de me fixer dans le miroir, d'entrer dans mes pupilles, pour voir si je m'évanouirais moi aussi, ou non.

Je n'ai jamais fait de malaise en fait. Quand j'en ai fait, c'était juste comme si je m'endormais, rien de plus. Je tombe, je me réveille, j'oublie, c'est tout.

A l'époque, mes pupilles ne me parlaient pas. En creusant dans le noir, je m'apercevais que je pouvais me faire emporter par une espèce de tourbillon, mais cela me donnait très vite mal à la tête, alors je finissais toujours par perdre ma concentration.

Maintenant, le miroir... Cette image qu'il me renvoie, tantôt je l'aime, beaucoup. Je me dis "Ca y est, je suis sur la bonne voie".

Et tantôt je ne peux plus me regarder dedans.

Le pire, ce sont mes yeux. Je ne peux plus. Je ne peux plus me voir. Rien que d'y penser me serre le coeur.

Je me suis reconstruite de manière abominable. Je suis pire qu'avant. Je n'ai plus rien de moi. Je ne suis qu'une traînée, une traînée, une salope, une prostituée pour le bon vouloir de son entourage, pour sa satisfaction personnelle, pour son "insertion sociale".

Devenir ou ne pas devenir un zombie, hein ? Trop tard, la question ne se pose plus, en vérité.

Comme j'aimerais que les gens comprennent une bonne fois pour toutes que ce putain de maudit rôle me détruit, me pourrit de l'intérieur. Je hais ça, vous voyez, c'est facile à écrire ça, je hais ça, je hais, je hais, je hais. Oui, je me suis si bien reconstruite, j'ai si bien réussi ma propre perversion que je suis capable de haïr, en surface en tout cas.

Comme j'aimerais que les autres comprennent tout ça. Si seulement on ne se foutait pas ces putains de barrières. Ce maquillage virtuel, ce jeu d'acteur perpétuel.

Je n'arrive pas à comprendre qu'on puisse faire ça. C'est absurde, crétin, idiot.
Qu'est-ce que je veux ? Tout lâcher ? Mais en vérité, j'ai lâché, ça fait longtemps que j'ai lâché, j'ai tout lâché. Quand je prétends survivre, c'est la vérité. Ca fait bien longtemps que je ne vis plus pour moi.

Je survis simplement par respect pour ceux qui subiraient des dommages psychologiques si jamais je lâchais complètement. Je ne suis pas totalement égoïste, non plus.

Mais bon Dieu de bordel de merde, c'est quoi leur bonheur à eux ? C'est quoi leur douleur ?

Est-ce qu'eux parfois ils l'ont ce sentiment qu'on est en train de leur arracher le coeur avec un grapin rouillé, est-ce qu'ils arrivent aussi à rentrer en eux et à voir ce putain de mélange de sang et de larmes qui coule pas normal en eux, est-ce qu'ils voient leur douleur autant qu'ils la sentent alors qu'ils n'ont aucune putain de blessure physique, eux aussi ? Est-ce qu'ils ont déjà eu cette envie de vomir, est-ce qu'ils en ont déjà fait l'expérience, alors qu'ils ont pas bouffé depuis trois jours, alors qu'ils ont rien à vomir, simplement parce qu'ils ont mal à l'intérieur eux aussi ?

J'ai peur, oui, j'ai peur de tout perdre ; j'ai peur d'admettre que je pourrais me tromper de chemin. Je ne veux pas abandonner tout ce que j'ai construit, ni abandonner ce semblant de vague avenir incertain. Pourtant je le dis maintenant, sans doute me tromperai-je mais je le dis. Si je dois partir, je partirai. Et pas seulement physiquement.

Antigone, elle avait peur aussi, et elle disait "Moi je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse !"

Antigone, c'est moi. C'est ce moi que je devrais rejeter et dans lequel je m'enfonce. Antigone, elle n'attend pas. Elle saute.

Et lisez-moi, lisez-moi bien, moi non plus je n'attendrai pas.

Mon bonheur pourrait être très simple. Il serait terni par quelques vagues de douleur, sans doute, mais cette douleur là n'est absolument rien par rapport à celle que m'infligent ces doutes et cette destruction morale.

C'est moi, mais ce n'est pas moi. Ce n'est plus moi et pourtant si. Je me haïssais il y a un an, vous voyez, je me haïssais. Maintenant je ne me hais même plus. Même plus.

Au contraire. Je me complais dans mon mal. Je me complais dans ma folie. J'adore ces moments de douleur intense où mes larmes et mes peurs prennent le dessus, et je hais ces moments qui m'affaiblissent et "m'empêchent de vivre", et pourtant je les adore, je les adore.

Vous savez quoi ? Je ne veux pas voir un psy parce que je sais ce qu'il me dirait, et je sais que je ne le ferais pas. Je ne veux pas voir un psy parce que je ne veux pas guérir.
Encore mieux : j'adore m'empêtrer dans mon mal. J'adore ce danger perpétuel dans lequel je me mets seule. J'adore voir jusqu'où je tiendrai ; mais je sais que je ne le ferai pas longtemps.
Sans doute est-ce une preuve d'immaturité de ma part. Sans doute. En tout cas de lâcheté, c'est sûr. Je m'en fous. C'est tellement simple d'être lâche. C'est tellement humain.

C'est tellement simple de se complaire dans son mal plutôt que de se faire encore plus mal à le combattre pour seulement quelques vagues moments de victoire.

Je me déteste autant que je m'aime ; oui, me voilà déchue.

Et pourtant je m'en veux, car c'est tellement simple de tout rejetter sur les autres, sur mes expériences, alors que c'est moi, et moi seule.
Ce n'est jamais qu'une autre facette de moi. Une pute, une salope, j'ai toujours menti mais là c'est encore pire, j'ai toujours eu envie mais là c'est encore pire, je me perds et je me hais et je m'aime et je vous hais et je vous aime et je me détruis et j'aime ça.

Et je déteste ce que je suis devenue.

Je me demande comment on peut réagir à la lecture de tout ça. Si ce n'était déjà fait, je mettrais ma main au feu que personne ne comprendra.
Je sais que je pourrais être heureuse, mais une chose est sûre, pas de cette manière. Mais je me demande si je le veux.

On n'a peut-être pas la même définition de bonheur.

Je me demande si je vous ferais peur. Après tout, j'ai déjà fait peur à des gens. Mais eux avaient choisi la facilité. C'est si simple, si simple.

Alors je choisis aussi la facilité.

J'arrête d'espérer, j'arrête d'espérer quelque chose qui ne viendra peut-être jamais. J'arrête d'espérer un quelconque signe de Toi. J'arrête de prier pour que tu fasses quelque chose. Au fond c'est gonflé, prier pour ça, peut-être que c'est à moi de me remuer. Sans doute même et je m'en fous.

Moi j'arrête, je lâche et je craque. Ca ne me fera pas plus de bien mais tant pis. Ca ne me permettra pas de me regarder dans une glace réellement, ça c'est fini. Je me demande combien de temps ce que je suis devenue tiendra. Je me demande ce que ça deviendra.

J'arrête, je lâche et je craque. "Prends-moi telle que je suis, fais de moi ce que tu veux". Et va te faire foutre.

J'en ai marre d'avoir mal et pourtant j'adore ça. Alors je continue d'aimer ; et je m'en fous de toi. J'aime. Mais je me détruis largement assez pour deux. Assez largement pour Dieu. Tu vois.

Alors tant pis.

J'écris ça mais demain j'aurai encore changé d'avis, j'aurai encore un nouveau point de vue, il y aura encore de nouveaux éléments. Une éternelle balance, qui bascule d'un côté, de l'autre, incapable de s'équilibrer, passant du noir au blanc, du blanc au noir, sans jamais pouvoir trouver le gris qui lui convient.

J'en ai marre de ces gens qui tiennent à moi, parce que moi je ne tiens pas à moi, et je ne crois pas que tu le fasses réellement.

J'écris ça mais demain je retrouverai ces gens et je sourirai à nouveau et je serai heureuse avec eux à nouveau, pour quelques heures, avant de replonger tête la première.

Je n'en peux plus. Je ne me supporte plus. Je ne te supporte plus. Je ne les supporte plus. Je ne supporte plus rien. Je ne suis même pas capable d'écrire correctement. J'ai mal. Mal. Mal. Mal. Mal. Mal. Mal. Mal. Mal. Mal. Mal...

J'AI MAL.

Laissez moi.

S'il y a encore un putain de coeur qui bat là-dedans arrachez-le une bonne fois pour toutes, bon sang, je n'en ai pas besoin.

Foutez mon humanité en l'air, pourrissez-moi, arrachez-moi le coeur, j'ai mal.

Souvent, je me dis que c'est bien que personne ne lise mes textes ici.

Je me hais, je hais ce que je suis devenue, j'aime, je me hais, je suis une idiote, folle, une masochiste, chimère, une traînée. Eternelle Erreur, Héautontimorouménos.

J'ai tout gagné : j'ai tout perdu.



Feb. 25th, 2009

Y a-t-il quelqu'un là haut ?


Lundi 16 février 2009 - 22h45

La journée était bien équilibrée. Un mal pour un bien, sans arrêt.

Un passage de permis qui s'annonçait raté, mais qui n'a pas duré longtemps.

Un train pris à la volée, qui s'annonçait raté... mais eu de justesse, sous les rires du contrôleur, sympa pour une fois.

Une visite à mon Erreur, pas très agréable, des nouvelles assez peu réjouissantes... Mais la récupération d'affaires importantes, avant de retrouver le chez-moi-l'autre auquel je commence juste à me faire.

Une deuxième douche dans la journée afin d'être hautement présentable pour retrouver les autres pour le "grand soir"... Et une superbe brûlure au deuxième degré à la main droite pour avoir voulu paufiner les détails.

Fichue brûlure qui aurait achevé de me pourrir la soirée si mes amis n'avaient pas été là. Mais ils étaient là. Comme par miracle, les deux places qui nous manquaient ont été trouvées, dans la file d'attente, au prix de vente habituel, alors que la salle affichait complet. Le malheur des uns a fait le bonheur des autres...Tout s'équilibre.

Au fil de l'attente, des discussions sympathiques, des rencontres incongrues...

"Mais attendez ! En fait, mon frère c'est le claviériste de votre groupe !"

"Mince, je suis sûre que le gars avec qui on vient de discuter il est sur le forum Nightwish France..."

Une entrée, en retard.

A l'intérieur, bataille contre la consigne - c'est elle qui gagne et nous y laissons tous deux euros. Des délires avec des gens qu'on ne connaissait pas, mais n'empêche qu'ils étaient cool. Je retrouve celui que je n'étais pas sûre de voir, malgré la petite taille de la salle... Nous n'avons pas grand chose à nous dire, mais ça fait plaisir de savoir qu'il est encore en vie, en bonne santé, malgré tout.

Et puis le noir, et les conversations se taisent.

Une première partie agréable ; c'est un bon Hard Rock, comme au bon vieux temps, on se croirait de retour en 80. La musique, l'allure, tout, c'est dynamique, jovial, excellent.

Et ça bouge. D'un coup, je me sens partir à droite, à gauche, rester sur mes jambes, profiter des vagues pour avancer. Je suis séparée des autres...

...mais me retrouve au deuxième rang, juste en face du chanteur, à essayer de ne pas être écrasée et d'écraser le moins possible les autres. La scène est haute ; j'ai mal au cou. Mais je souris, je souris tout ce que je peux, et le chanteur me sourit aussi. Je chante avec la fille à côté de moi, je discute avec la fille devant moi, je subis les conneries du faux emo blond à côté de moi, j'essaie de protéger ma main droite au maximum, j'ai mal mais j'occulte.

Je rate les médiators mais je souris. J'apprécie.

Et puis la pause arrive. C'est terrible, nous sommes déjà serrés, bien serrés, et nous savons que ce sera pire dans très peu de temps. Mais tant pis. Je discute avec les gens autour, ils sont sympas, on rigole, on échange des anecdotes...

Et quand la musique reprend, nous sommes bels et bien serrés, beaucoup plus. Une main sur la scène, j'essaie de ne pas arracher un câble, j'essaie de ne pas me faire arracher la main, j'essaie de protéger la fille devant moi qui ne se sent pas très bien... Et je profite de la musique. L'ambiance est folle, le set commence très fort, j'adore les chansons qui défilent. Mais plus les chansons défilent et plus je me déporte sur la gauche... Jusqu'à trouver ma place, parfaite, les yeux rivés sur le bassiste.

Je chante, je n'ose pas lever les bras, c'est trop serré et ma main droite est fragile... L'autre main cramponne la scène, repoussant les assaults de l'arrière de la fosse du mieux possible, je continue de profiter.

C'est pendant un "creux", une suite de quelques chansons que je n'apprécie pas particulièrement, que je prends conscience des mains sur mes épaules. La personne derrière moi, volontairement ou non, me protège des pogos. Je tourne la tête, découvre une de mes amies à mes côtés. Elle m'a retrouvée ! Et avec elle un des garçons avec qui nous avons déliré dans la fosse. Je tourne un peu plus la tête et souris à celui qui, derrière moi, me permet de ne pas mourir étouffée.

Le creux se termine pour moi quand le chanteur annonce une de mes chansons préférées. Je délire dessus avec Arielle, nous nous chantons de délicieux messages de haine pure, le propriétaire des mains sur mes épaules sourit avec nous.

Je repars dans l'ambiance et occulte tout le reste. Toutes les chansons qui suivront ne seront que de ces chansons qui vous prennent totalement et vous empêchent de penser à quoi que ce soit d'autre.

Moi qui ai du mal avec la proximité, en concert, tout s'envole. On s'en fout de ne pas connaître les gens autour, on s'en fout d'être tous collés les uns aux autres... C'est même agréable. Je ferme les yeux, lève la tête, me laisse aller à la musique, à la chaleur humaine, au contact des autres, à la fraîcheur du courant d'air créé par les portes ouvertes. La fille à ma gauche me demande si je vais bien... Oui, oui, je vais très bien ; cela faisait longtemps que je n'étais pas allée aussi bien. Je lui souris, elle me sourit en retour, nous échangerons des sourires pendant tout le reste du set.

Des pauses et des rappels, des présentations de chansons, un super jeu de scène, des supers lumières...

C'est bien, tout simplement. J'aime la musique, l'ambiance, j'aime la chaleur, le contact, les battements de mon coeur, même la batterie trop forte ne me dérange qu'à peine. Je suis sur un nuage, je flotte sur la musique et j'adore ça. Je ne veux pas que ça s'arrête...

...Mais ça finit par s'arrêter ; comme toutes les bonnes choses.

Les musiciens saluent, nous serrent les mains et s'en vont ; les gens s'en vont, la chaleur s'en va, l'ambiance retombe, retour à la réalité.

Mes amis m'ont rejointe ; nous avons tous été éparpillés aux quatre coins de la fosse au premier pogo, mais la salle est assez petite pour nous permettre de nous retrouver tous dans le même coin au final.

Je respire, je souffle. J'enlève mon bandage. Les cloques n'ont pas éclaté, ma main est laide, mais vivante. J'ai de la chance...

Je me retourne pour partager les émotions avec mes amis, et en profite pour faire un grand sourire à mon sauveur de la soirée, sans qui j'aurais certainement été écrasée, et le remercier par une chaleureuse poignée de main.

Nous discutaillons un peu. Comme de coutume, nous échangeons nos numéros.

"Moi c'est Lia, L-I-A, tout simplement."

"D'accord. Alors tu t'appelleras Lia, et ton prénom ce sera Concert."

"Bah si tu veux, écoute."

"En même temps Lia c'est pas courant..."

Tu parles que c'est pas courant.

"Moi c'est Arielle."

"Oh, c'est pas courant non plus."

Il a nos numéros ; à son tour.

"Moi, c'est Florian."

Un blanc, très léger, très rapide.

"C'est pas vrai."

Pas encore ! C'est une blague.

Il me regarde sans comprendre.

Non, bien sûr que non, ça n'en est pas une. Pas de lui en tout cas.

Je m'éloigne un peu, le laisse discuter avec Arielle.

J'ai le réflexe stupide de lever la tête vers le haut, de fixer le plafond comme s'il y avait quelqu'un. Il y a quelqu'un là-haut ?

...

Bien sûr qu'il y a quelqu'un. Si, si. Vous ne l'entendez pas ?

...Il est en train de rire de moi très, très, très bruyamment.

Un mal pour un bien, d'un bout à l'autre tout s'équilibre, hein ?

"...Connard !"

Jan. 27th, 2009

Explorience

Mardi 27 janvier 2009 - 12h30

"Vous avez dix minutes."

La panique, c'est la panique. On a beau s'y être préparé psychologiquement... Qu'est-ce qu'il va y avoir derrière cette porte ?

Aucune lumière, alors c'est dans le noir que la clé tourne. Je connais cette porte par coeur, de toute façon.

Une hésitation, un instant. Je ne suis pas prête. Et si tout était recouvert de plâtre ? Et si le plafond était tombé ? Et s'il n'y avait rien de récupérable ?

Ce sont des éventualités. On ne sait pas à quoi s'attendre...

J'appuie sur la poignée.

Je souffle.

Tout est intact. Ce n'est pas le cas de mon voisin de droite, dont une dalle de plafond s'est détachée dans la salle de bain, et dont le volet a été soufflé.

Mais je n'ai pas le temps de m'apesantir sur son cas.

Dix minutes, c'est court, un peu trop pour mes nerfs. J'ai beau avoir déjà fait la liste de ce que je devais prendre une dizaine de fois par écrit, et une bonne centaine de fois dans ma tête, tout s'envole sur le moment. Je prends n'importe quoi, je repose tout, je reprends, je remets ailleurs. J'ai du mal à m'organiser.

C'est le bordel, dedans, dehors, partout.

Quand je pense que je me disais que j'allais ranger... ça m'apprendra à prendre des bonnes résolutions.

C'était bien parti, pourtant. J'étais psychologiquement prête à mettre de l'ordre dans tout ça, mon logement, mes pensées. Je me préparais une bonne soirée de déprime bien classique, avec pleurs et cochonneries à manger associés. Et puis comme je rentrais de la Part-Dieu, (TNT d'AC/DC sur les oreilles, de la manière la plus ironique qui soit), après avoir squatté quelques temps la connexion du centre commercial, le vague à l'âme et le gris au coeur, mes plans pour la soirée se sont vus totalement perturbés...

D'abord, la lumière bleue qui envahissait la rue. Je ne pourrai plus jamais voir de gyrophares sans arrière-pensées.

Remarquez, en soi, ce n'est pas si surprenant, mon boulevard étant un des plus importants de la ville, il y a beaucoup de voitures de police/pompier/SAMU qui passent en trombe, de jour comme de nuit.

Mais là, il y en avait clairement une grosse concentration. Et tous arrêtés au milieu du boulevard, visiblement. Etrange.

En continuant d'avancer, j'ai vu le périmètre de sécurité, au niveau de l'ISEG. Deux pensées : la première, un retour en arrière d'un an, lorsque j'étais au volant de l'Espace, à devoir traverser Lyon en contournant le périmètre au niveau du cours Lafayette, environ deux heures après l'explosion. Les rubans de sécurité, les voitures dans tous les sens, les policiers et pompiers, je m'en rappelle bien ; j'avais laissé le volant à ma mère de misère.

La deuxième pensée, et sans doute la plus stupide :

"Chouette, un peu d'animation !"

Stupide en effet, et je m'en suis voulue après coup. Voilà le genre d'animation dont on se passerait bien, en fait.

En m'avançant, j'ai découvert la scène, petit à petit. Les voitures de police, les pompiers, les exaspérantes caméras des médias, les bouts de verre sur le sol...

Une fille, dans l'angle, observe le tout.

"Qu'est-ce qui se passe ?"

"Apparemment, une résidence a sauté."

Suspense. Il y a deux résidences l'une en face de l'autre, dans ce boulevard, à cet endroit. La mienne, et une autre.

Mais les bouts de verre étaient du côté de la mienne...

Il fallait en avoir le coeur net, j'abordai donc un policier à la limité de la zone sécurisée. Après avoir tenté de me détourner de mon chemin, il m'écoute.

"Mais j'habite la résidence là-bas !"

Son visage change d'expression. Bonne pioche ; c'était la mienne...

Direction le gymnase en face de chez moi. Je devais être recensée, relogée ; on me donne quelque chose à boire... Voilà, je venais de gagner un nouveau statut : dès lors, j'étais une sinistrée...

...sinistrée peut-être, mais surtout désemparée. Déprimée aussi, un peu, déprimée de ne pas pouvoir déprimer tranquillement. Tout d'un coup, mon appart' devenait un havre de paix et de bonheur, et ma vie prenait des tournures de cauchemar. C'est drôle, comme la moindre chose peut prendre une ampleur énorme selon le moment où elle arrive.

Quelques SMS envoyés, ici et là. Des appels au secours. Un coup de fil à mes parents, des fois qu'ils aient vu les informations.

"Surtout, ne t'inquiète pas, on prend contact avec l'assurance, essaie de te faire reloger pour la nuit, mais pas chez Sam, il a pas le droit d'héberger des gens ! Au pire, on appelle tes grands-parents..."

Comptez sur votre famille pour vous remonter le moral dans des cas pareils.

Pour finir, j'ai passé la nuit chez mon cher cousin, même si je n'avais pas le droit, sans blague. Non sans faire un détour par notre pizzeria attitrée pour donner les détails des derniers événement aux gérants... et acheter deux pots de glace. Je devais compenser.

La journée d'après, je l'ai passée dans le gymnase, à attendre des informations qui venaient au compte-goutte. Par groupe, nous allions à la Part-Dieu, acheter du matériel de survie : brosse à dents, dentifrice, vêtements, plaques de chocolat...

Et la fac ? Passée à l'as. Jolie reprise des CM. C'est réussi... Premier jour et déjà quatre heures de cours à rattraper.

La deuxième nuit loin de mon Erreur fut chez Michou, qui lui, n'était pas là. Mon portable n'avait plus de batterie, je me retrouvais coupée du monde, seule dans un appartement inconnu, dans le noir, avec rien, rien que ce que mon sac contenait : mes papiers, mon stylo Clochette, mon plan de Lyon, mon ultraportable à la batterie déchargée, mon baladeur mp3 à la batterie vide également... Et mon édition reliée des Fleurs du Mal, de Baudelaire.

Oui, c'était indispensable. Rien de tel que Baudelaire pour vous tenir compagnie un long soir d'hiver où vous êtes seule et vous allez mal.

Ce soir là, j'ai craqué. Mes nerfs ont fini par lâcher...

Il n'y a plus de , et encore moins d'ici. Ne demeurent plus qu'un vague là-bas, et cet amer goût d'avant...

Et me voilà, aujourd'hui, vaguement remise, pour récupèrer quelques affaires. Encadrée par des pompiers, aidée par des amis, j'en prends le plus possible. Tout ce qui me paraît important.

"Vous avez tout ?"

Oui, oui, j'ai tout, si si. Presque. Je peux prendre l'appartement aussi ?

"La nourriture ? Les livres ? Vos cours ?"

Ah zut, mes cours.

Oui mais je suis déjà bien chargée... Entre Silmë, Kaze et Lassie, plus mes ordinateurs et chargeurs, plus de la bouffe...

"Tant pis pour les cours."

Pourquoi faire, les cours ? Qui penserait en premier à sauver des cours, dans des cas pareils ?

Descente difficile, un synthé sous le bras, une basse sur le dos, une valise à la main, dans ce qui semble être un décor de film catastrophe. C'est comme un monde parallèle, on reconnaît les lieux, mais on ne peut pas psychologiquement accepter que ce sont bel et bien les mêmes ; que ces escaliers pleins d'eau sont ceux qu'on emprunte tous les jours, que cette entrée enfouie sous la poussière et les gravats, éclairée seulement à la lampe torche qui donne une lumière glauque, comme pour parfaire l'ambiance générale, est celle que l'on traverse quotidiennement. Je ne verrai plus jamais ces décors comme avant.

L'extérieur, traversée de la route sous l'oeil vigilant des médias... Connards de médias, rapaces qui guettent la larme à l'oeil des gens.

Je les occulte et me noie dans mes amitiés pour oublier.

Voilà, j'ai récupéré le minimum vital, toutes les affaires d'importance capitale...ou sentimentale.

Maintenant, je vais devoir être relogée.

Mais je m'en sortirai, j'ai des amis, une assurance, et une grande gueule, aussi, un peu.

Et puis remarquez, c'est une sacrée expérience, au moins une fois dans sa vie, de pouvoir regarder un prof en face et lui dire le plus sérieusement possible :

"Excusez-moi, je n'ai pas ma feuille ; mon immeuble a explosé."

Jan. 9th, 2009

Volée - Lettre ouverte à toi qui es en moi.

Vendredi 9 janvier 2009 - 11h30


"Tu me rends vide, neutre, froide, morte."

Tu t'es frayé un chemin en moi, petit à petit, et désormais tu me détruis de l'intérieur... De cet intérieur si fragile, comme un récipient en verre très fin où bouillonnent sans cesse des eaux devenues noires et souillées par ce qu'elles retiennent, bouillonnent tant et tant que le récipient est désormais sur le point d'éclater.
Me voilà à essayer de contenir ces eaux noires, vidées de leur pureté, vidées de leur candeur, vidées de tout ce qui faisaient d'elles la clé de voûte de mon maigre équilibre.
Me voilà, vidée et détruite, mais toujours enchaînée, par une mauvaise chaîne froide et tranchante qui fragilise encore plus le verre de mon intérieur.
Est-ce que tu te rends seulement compte que tu traînes un cadavre derrière toi ?

Un cadavre, un corps vide, comme un double de moi-même, une sorte de zombie, quelque chose qui n'est même plus moi. Quelque chose qui est tout ce que je ne suis pas.
Les zombies n'ont pas d'âme ; alors je ne suis pas une zombie. Moi je suis une âme, une âme sans puissance corporelle, une âme qui veut se libérer de cet état de zombie car elle pourrait être tellement plus. C'est cette âme qui ne supporte plus le reflet de ce corps dans le miroir. C'est cette âme qui sent malgré elle le corps la repousser et devenir tout ce qu'elle hait au plus profond d'elle-même.
Et toi, ta chaîne traîne le corps sans âme, le zombie qui devrait se libérer de ses états d'âme pour pouvoir enfin te plaire complètement.

Tes mots avaient un sens, en vérité. Tu aimes le personnage, le zombie sans âme, et tu as mené le verre au bord de l'éclatement. Tu as failli réussir à faire enfin disparaître l'âme, tout ce que tu n'aimes pas, tout ce qui empêche la légèreté du zombie que tu désires.
Tu me détruis de l'intérieur, et moi n'ai même plus la force de me battre. Peut-être que c'est ce que je souhaitais, en fait. C'est bien fait pour moi, n'est-ce pas ? C'est ce que je cherchais depuis le début, sûrement.

"J'essaie d'en sortir, de m'aimer, de sourire."

Ou pas. Plus du tout. Plus maintenant. C'est fini, le combat.
Tu ne comprendras jamais tout ça, et quand bien même tu écouterais mes mots, quand bien même tu les lirais, tu ne les entendrais pas.
Je ne sais pas si c'est bien ou pas. Il n'y a pas grand chose qui ait de l'importance, maintenant. Je suis en train de le devenir, ce zombie que tu aimes. C'est ce que tu cherchais, n'est-ce pas ? Tu devrais être heureux alors. Plus de contrainte d'âme...

Et je devrais être heureuse aussi, au fond. Plus de contrainte d'âme non plus. Je te plairais totalement. Il n'y aurait plus de questions, plus de tourmentes psychologiques, juste un zombie social qui suit une voie tracée sans aucun sentiment autre que le vide. Oui, voilà. Un vide incarné, qui sourirait quand il faut sourire, qui parlerait quand c'est à son tour de parler, qui serait là quand il y en a besoin. Juste ça. Réflexions ? Sentiments ? A quoi bon.

Continue de me détruire comme ça. Peut-être que c'est ce que je veux. Continue à me donner toutes les raisons qu'il me faut pour partir. Ca me fait du bien. Quand l'âme aura enfin disparu, on verra ce qui arrivera. On verra si un corps peut vivre sans âme. Au moins, je ne subirai plus ces tortures mentales, ces questionnements incessants, et tous ces états d'âme...
Si seulement je pouvais me séparer en deux. Si seulement cette âme pouvait trouver un autre corps que celui-ci. Si seulement je pouvais être deux, ce serait plus simple, n'est-ce pas ?
Mais tout n'est pas simple. Je suis deux, en un seul corps, je suis un corps et une âme, qui ne sont pas capables de s'accorder.
Je ne suis pas simple, même si tu aimerais en avoir l'impression. Allons, va, si c'est ce que tu veux, je ferai mine d'être simple, jusqu'à le devenir réellement. Cela finira bien par arriver, à force, quand tout sera détruit à l'intérieur, quand le verre aura éclaté et les eaux noires et bouillonnantes se seront écoulées.

Alors continue de me détruire. Je finirai bien devenir simple et aimer ça, quand tu te seras débarrassé de tout le reste.

Et pourtant... Il n'aurait pas manqué grand chose pour que la chaîne devienne chaleureuse et consolide le verre au lieu de le fragiliser...

Jan. 8th, 2009

La perfection dans le miroir

Jeudi 8 janvier 2009, 20h

 

J'ai longtemps hésité à poster ça. Mais certaines choses doivent être marquées, gravées, je dois leur faire face, les assumer.
Maintenant que cette date est bien passée, enfouie sous les textes des jours qui l'ont suivie, je la poste.
Si par hasard, même si je ne vois pas comment ce serait possible, la personne concernée venait à lire ce texte, je tenais à lui dire que je m'excuse, je m'excuse du plus profond de moi-même.
Je suis désolée de l'avoir impliqué dans cette histoire. Je suis désolée d'avoir agi ainsi. Il n'y a pas de mots pour décrire ma honte, ma honte de moi-même, ma honte face à lui, face à tous, face au monde entier, et surtout face au miroir... ma honte de tout.
Je suis désolée, terriblement désolée...

 

"Tu es sûre ?"

 

Oui. Non. Peut-être. Je ne sais pas. Je m'en fous en fait.
Il m'a posé la question, une fois, deux fois. Plusieurs fois. Il prend soin de moi, il ne veut pas que je regrette. Mais moi, c'est toujours la même réflexion qui se forme dans mon esprit.
De toute façon, je n'aurai jamais ce que j'aurais voulu - c'est fini maintenant. Et puis, il faudra bien que ça arrive un jour, alors autant que ce soit aujourd'hui.

Ce sera fait, comme ça.

 

"Vas-y."

 

Il y va. Et voilà. C'est fait. C'est donc ça ? Ah bon...

Hé bien, c'est fantastique. Merveilleux.

 

"Ca t'a plu ?"

 

Oui, oui, bien sûr. Ce que tu veux. Non, non, ça ne m'a pas trop fait mal, non.

Ce que j'aimerais ? Fais-moi plus mal, la prochaine fois.

Qu'au moins je ressente quelque chose... Prouve-moi que je peux ressentir quelque chose...

 

Et ça dure. Ca dure. Une semaine, deux semaines. Deux fois par semaine. Non, je ne ressens rien, non.
Trois semaines, un mois. Un mois. Un mois que je joue à ce jeu, en espérant toujours qu'enfin, cette fois, il y ait quelque chose. En sachant pertinemment qu'il n'y aura rien. Me mentir à moi-même.
Je donne ce qu'il veut - non, ce n'est même pas totalement ce qu'il veut, mais je donne ce que je peux, pour le garder près de moi.

Jamais il ne verra mes larmes. Jamais il ne comprendra ce mur qui semble se dresser entre lui et moi.

 

Je ne veux pas tout reperdre... Je ne veux pas retomber...

 

Les jours qui défilent et la douleur dans ma poitrine qui s'accentue. C'est comme si on m'arrachait quelque chose de l'intérieur, c'est comme si j'étais en train de pourrir de l'intérieur, et qu'on me dévorait.
Mon mal-être est devenu si grand qu'il paraît physique.

 

Deux semaines sans le voir. Je n'arrive pas à me sortir tout ça de la tête. J'ai si mal que j'en pleure. Elle me prend dans ses bras. Mais même cela ne suffit pas.
Ce n'est pas de ces bras dont j'ai besoin.

Je suis une égoïste, j'ai une âme égoïste, si égoïste que c'en est même aux dépends de son corps, de son esprit.

 

Et puis le revoir après ces deux semaines. Le dernier soir.

Je n'y arrive déjà plus. Je ne mange pas, je parle peu. Nerveuse, je brise un verre. Il rit, il est tendu lui aussi. Mais pas de la même façon.
Souris, je t'en supplie, souris-moi ; discute avec moi ; prends-moi dans tes bras... Comprends, reçois mes appels aux secours...

"Si j'avais été étudiant en psychologie, j'aurais été aux anges avec toi."

Mauvaise réplique. Mais que puis-je dire ? Je ne suis même pas capable de te faire sourire.
Si au moins tu avais tort...

Me taire, toujours, et profiter de la chaleur de ses bras contre ma peau nue, illusion de cette affection et cette chaleur dont j'ai tant besoin.
Le dos contre son torse, tenter d'en tirer la douceur qui fait souffrir mon être, et masquer mes larmes sous mes cheveux, sans qu'il n'entende, sans qu'il ne voit.

Et le dernier matin. Plus fatiguée que jamais. Plus meurtrie que jamais. Pourtant je me vois me lever, aller chercher ce qu'il demande, au moment où il faut.
Mon esprit ne veut pas. Mon corps ne veut pas.
Rien ne veut, rien n'est prêt.
Je suis consciente de tout ça. Je sais les répercussions sur mon corps. Mon esprit ? Il est déjà fini.
Je me vois, spectatrice de mes propres actes ; comme si je n'assumais plus rien.
Je n'assume plus rien. Il y a cette enveloppe qui agit, et cette âme qui subit.

Je voudrais pourtant - garder - sauver cette chaleur - espérer la douceur. Espérer, y croire. Qu'il y ait quelque chose, enfin.
Douleur.
Il y a quelque chose, toujours la même chose. Fais-moi mal, le plus que tu peux, qu'au moins je ressente quelque chose.
Et j'ai mal, plus que jamais. Parce qu'à nouveau c'est vide, jusqu'au bout ce sera vide, jusqu'au bout il n'y aura rien, et je le savais dès le départ.
Parce que cette fois mon corps n'est pas prêt, absolument pas prêt, et que je veux avoir mal, parce que c'est ma faute, parce que je ne suis rien, que je ne vaux rien.

C'est fini. Je le raccompagne. J'ai mal, je cache, je plaisante.
Arrivés au métro, au revoir. Et c'est tout. Quoi de plus ? Rien. Je ne dois m'attendre à rien de plus.
Je ne veux plus m'attendre à rien.

Il s'en va, j'ouvre les yeux. L'âme retrouve le corps.

J'ai mal.
Je ne veux pas rentrer chez moi. Je sais ce qui m'y attend. Je sais que je devrai nettoyer. J'ai peur de tout retrouver, odeurs, souvenirs, images mentales.
J'erre sans but. Un magasin, un autre. La FNAC. Je vagabonde dans les rayons, sans trop savoir où je vais. J'observe. Des rayons et des rayons de livres.
Et l'embarras du choix. Voilà ; voilà ce dont j'ai besoin.

Debout dans le rayon, pendant une heure, une heure et demie, deux heures, je lis, je repère les titres qui m'intéressent, les livres qui me semblent pour moi. J'ai l'impression de me retrouver dans tout ce que je vois. C'est ce que je veux. Me retrouver.
Je vis ma vie comme une héroïne de roman.
Et je lis le livre que je veux lire depuis si longtemps.

Les mots me portent - ça y est, je m'envole ; suivre l'héroïne dans ses déboires, être l'héroïne de cette histoire, oublier la mienne un instant.
J'ai mal aux pieds ; ce n'est pas grave ; une douleur masque l'autre.
Je rencontre dans ces pages celle que je voudrais être, un jour, peut-être, plus tard. Comble d'ironie, son nom me ramène à des souvenirs douloureux. Mais son caractère, sa force dans les doutes, son humeur, son humour, sa façon d'être, tout me redonne courage.
Coup de tête ; l'envie de lui rendre hommage, à elle qui n'existe pas, mais à la seule qui ait su être là pour me réconforter un peu, me faire oublier un peu.
Un livre plus fort que tous les bras du monde...
Décision prise à la dernière phrase, le dernier mot. Angel Robinson sera mon nom de plume. C'est ironique, douloureux, mais forte de cette décision, je relève la tête, referme le livre, sors du magasin à grands pas.

Mais l'histoire est finie et je dois affronter la réalité. Volonté qui s'effrite en arrivant sur les lieux du crime.
L'angoisse, la terrifiante, l'horrible angoisse me prend, la douleur initiale revient, les souvenirs reviennent, crus, hostiles, violents, qui me prennent à la gorge, dès que je tourne la clé dans la serrure.

L'odeur. Le lit défait. La pagaille.
L'horreur. Il faut que je range. Tout m'écœure et me rebute. Moi, moi surtout.
Tout...
Mal, mal à nouveau. Trop mal. C'est en moi,
Tremblements, le cœur au bord de la gorge. Une gorge arrachée -aux toilettes.

Voilà, c'est pire que tout.

Fini, belle volonté, courage de la nouvelle Angel Robinson si présomptueuse, rage de la plume.
Me revoilà, moins que rien, à quatre pattes devant mes toilettes, à me vider de tout mon dégoût en tentant de maintenir mes cheveux en arrière, peine perdue. J'en ai de partout, je m'en mets de partout, je ne fais qu'empirer les choses, je n'ai rien dans le ventre, mais plus je vomis, plus ça me fait vomir.

Une nouvelle crise, de ces crises de folie qui ne se contrôlent pas, lorsqu'on est conscient, qu'on se voit faire les choses volontairement, et que cette conscience ne fait qu'empirer ce qu'on fait.

L'odeur toujours, j'ouvre la fenêtre. Dépeignée, dégoutante, assise sur le rebord, personne ne regarde et je me fiche qu'on me voit.

Moi, rien que moi, moi et mon malaise. Un bout du verre que j'ai cassé hier m'a meurtri le talon ; le sang me fascine. Je regarde, joue avec. Je regarde en bas, j'ai envie d'étendre mes ailes, de voler.
Il n'y a plus d'ailes. Je suis sale. Sale, salie, souillée, meurtrie par elle-même. Rebutante pour tous et surtout pour moi.
Je ne mérite même pas de voler.

Retour dans la salle de bain, pour nettoyer. L'eau coule dans la baignoire, chaude, brûlante. Et pendant que la baignoire s'emplit, j'efface les traces.
Traces de mes larmes, de ma folie, traces de lui, traces des souvenirs qui me pourrissent de l'intérieur.

Ma chambre redevient une chambre étudiante banale. Ces images qui me sautent à la gueule finiront bien par partir. Il le faudra bien.
Mon parfum se mêle à celui des pots d'échappement de l'extérieur et envahit la pièce, tout ce que je peux pour contrer l'odeur.
La baignoire est pleine, j'arrête l'eau, je la parfume elle aussi, à outrance, puis je prends le premier livre qui me tombe sous la main, n'importe quel livre, et je m'installe.

Je me déshabille rapidement avant d'entrer dans l'eau, trop chaude. Brûlure. Rien que mon corps ne puisse supporter.
La chaleur engourdit mes membres. La brûlure masque la douleur entre mes jambes.
Je laisse ma main glisser sur mon corps, dans mon corps, pour me le réapproprier, pour m'assurer que tout ça est à moi. Pour me convaincre, même si quand je la retire, je vois, je vois bien. Je suis sale, si sale que je pourris de l'intérieur.

Ca n'a pas toujours été comme ça. Ca n'était pas si sale, avant.
Que suis-je devenue...
Mes larmes coulent à nouveau ; je les noie et je m'étreins dans cet élément que je hais pourtant.

Pour la première fois depuis longtemps, je plonge la tête sous l'eau. Et je reste, longtemps, mes larmes perdues dans l'eau du bain, à écouter le résonnement aqueux de mon cœur dans mes oreilles. L'eau qui d'habitude m'oppresse et m'effraie devient cette fois-ci, pour la première fois depuis longtemps, une libération ; comme je me concentre sur cette eau qui m'entoure, je ne me concentre pas en moi. J'écoute l'eau, simplement, qui se mêle à moi, qui me lave comme elle peut, si ma saleté peut être lavée.

Mais ma saleté ne peut être lavée.
Je reste sous l'eau. Je ne veux pas relever la tête.
Ma saleté ne peut être lavée.
Rester encore tandis que l'écho liquide des battements de mon cœur m'étourdit.
Ma saleté ne peut être lavée.
Tenir dans cet élément que je hais et qui m'apaise.
Lave-moi ! Prive-moi de cet air que j'ai trop souvent encensé, emplis ce cœur si vide, comme un trou noir, sans fin, qui finira par t'aspirer. Nettoie-moi, remplis-moi, remplace tout ce que j'ai perdu, LAVE-MOI, LAVE-MOI, RENDS-MOI MA PURETE ! Rends-moi mon cœur dont je n'entends plus que les battements, qui résonnent de son absence...
Ma tête ressort de l'eau.
Je ne serai plus jamais propre.


Calmer les larmes. Refus de sortir de l'eau, savon, frotter, parfum, encore, et encore, et encore.

Noyer dans les mots ce que je ne peux noyer dans cette eau stupide. Oublier - je prends le livre à mes côtés et la folie de Lewis Carroll masque la mienne. Le temps d'un conte dérangé, je deviens Alice, la petite fille qu'il chérissait tant. Elle a bien de la chance, cette Alice.
Histoire qui rompt tellement avec la mienne, histoire si enfantine, étrange, perdue. Innocente au milieu d'un monde vicieux.
Et moi. Plus d'enfance. Plus d'innocence. Juste perdue au milieu du labyrinthe, à la fois blonde Alice et cruelle Reine de Cœur.

L'eau du bain est froide maintenant. Retour à la réalité. Le livre se referme.
Me laver, encore, une dernière fois, en désespoir de cause. Les souvenirs lavés de ma mémoire - non, les souvenirs sont là, irréversibles. Mais les larmes ne coulent plus.
Sortir de l'eau.

L'image devant le miroir. Lui faire face.
Elle. Moi. Non, elle. Qui ? Ce que je suis devenue ? Voilà, ce que je suis devenue.
Voilà. Tout ce qui reste de moi, dans ce miroir. Un corps et des yeux vides, qui ne veulent pas combattre. Des yeux dont la pupille fait irrémédiablement remonter les larmes, car la pupille dit la vérité, elle la jette à la gueule, le plus cruel de tous les jugements.
Pas d'Angel Robinson. Ni de Lily Wood. Encore moins de Lia MornElda, surtout pas. Même pas moi-même.
Pas de fierté, pas de gloire, aucune volonté, aucun nom. Plus rien.
Une putain n'a pas de nom. Elle ne doit pas avoir de caractère. Elle doit donner tout ce qu'elle a et prendre ce qu'on lui laisse.

Miroir, miroir, dis-moi qui est la plus laide...
J'ai donné tout ce que j'ai pu, en cherchant l'affection dont j'avais tant besoin, en repoussant cet abandon que je crains plus que tout. J'ai donné mais ce n'était pas assez, j'ai fait souffrir et j'ai souffert. Une destruction bien menée et même si le miroir est entier, c'est l'image brisée d'un corps pourri qu'il renvoie.

Allez va. Regarde, ma chérie, tu peux être fière de toi.

Cette image, c'est toi. Toi, tout ton toi.

Regarde, mon amour, sois heureuse d'être ce que tu es. Admire, enfin, voilà, tu l'as atteint, ta perfection, tout ce que le miroir te renvoie, c'est toi, tu es parfaite...

Parfaite petite traînée...

Jan. 3rd, 2009

Résolutions... Vraies solutions ?

Samedi 3 janvier 2009 - Minuit.

 

"Et ça fait si vide après, quand la vraie vie revient..."

Fin d'une semaine d'isolation, coupée du monde avec cinq autres personnes... Juste nous, nos instruments, et nos délires.

Oui, le retour à la civilisation, à la solitude et au froid de ma chambre est dur. Je suis fatiguée, mais je dormirai bien ce soir.

Pourtant l'absence des autres me permet enfin de me soulager d'un poids, un poids que je n'ai cessé de porter en leur présence : le besoin d'écrire.

Pendant cette semaine, être coupée du monde m'a laissée encore un peu plus proche de moi-même, de mon cœur absent et de mon douloureux Néant. Il est revenu, le bougre, le Vide, celui que je croyais parti à jamais, et je le déteste encore, et je l'aime encore plus. La revoilà, ma raison d'écrire, ma Mélancolie, mon Inspiration, celle qui me prend comme un crochet à la gorge et m'arrache tout ce qu'il y a là, m'ouvrant, m'exposant au monde et à ses sentiments les plus douloureux, celle qui me creuse si violemment la poitrine que je le ressens physiquement, que j'en pleure de douleur !

C'est dur, mais c'est bon. Et voilà qu'enfin, après toutes mes péripéties, je l'ai retrouvé, à ce moment-là, quand j'étais seule avec ces gens que j'aime. Mon esprit l'a appelé, sans même que je m'en aperçoive, et je me suis retrouvée bloquée. Oh, la frustration de ne pouvoir écrire alors que les mots résonnent en nous, frappant chaque parcelle de notre intérieur, n'appelant qu'à sortir !

Ca y est, c'est fini. Je suis triste que tout soit terminé, mais ce fut une bonne semaine, une excellente semaine. Un très bon moyen de finir l'année, sur une note heureuse malgré les péripéties douloureuses, et d'en commencer une autre. Que cette nouvelle année soit à l'image de ces cinq jours, qu'elle éclate en rires, en joie, en délires, en larmes salvatrices, en mots que je n'aurai de cesse de laisser guider ma main !

Que cette année soit pleines de dates marquantes, comme resteront à jamais gravées celles du 10 avril, du 16 mai et du 14 novembre 2008. Que les mauvais jours restent aussi en mémoire, comme ces maudits 20 et 29 septembre, et  5 décembre. Ne pas oublier et relire pour mieux se rappeler. Tout ne peut être bien, il faut un équilibre.

Et me voilà donc à écrire, écrire, écrire sur ce petit bijou qu'est mon cadeau de Noël, mon nouveau cahier électronique. Ecrire mes pensées, mes déchirures, essayer de graver sur l'écran mon absence de cœur, ou justement sa trop grande présence, essayer de vider mon Vide avec mes mots. Je rentre en moi, je me regarde, et je pleure, je pleure, et j'ai mal parce que le Vide fait mal, et ça me fait du bien d'avoir mal malgré tout parce que j'écris, j'écris.

Je retrouve qui je suis réellement. Et ça fait mal de se voir en face.

Je ne suis ni gothique, ni même vraiment métaleuse. Je ne suis même pas une vraie geek, au fond. Je ne suis guère qu'une pauvre gamine complètement paumée, à mi-chemin entre deux mondes, jetée malgré elle dans un univers qu'elle n'aurait jamais dû atteindre.

Je ne suis ni jolie, ni gentille. Je suis juste une menteuse, une bonne actrice sur la scène de la vie, qui fait croire ce qu'elle veut aux autres.

Et le plus pathétique dans tout ça, c'est que même si je suis fière de tenir si bien mon rôle que je dupe tout mon monde, même si parfois j'arrive à tirer un profit de ces mensonges... Même si c'est valorisant, c'est incroyablement jouissif de se dire qu'on pourrait mener tout un monde à la baguette... Je ne peux m'empêcher de prier pour qu'enfin, quelqu'un s'aperçoive que tout cela n'est qu'un rôle. Que je ne suis pas si forte que j'en ai l'air, que je craque beaucoup plus facilement qu'on le croirait, mais que je le cache juste très bien. Que j'ai un atroce besoin que quelqu'un soit capable de voir ce qui se passe dans ma tête, malgré ma carapace, que quelqu'un enfin réponde aux appels à l'aide que je ne cesse d'envoyer mentalement, qu'on sente mon désarroi et mon mal-être, cachés sous la pseudo-assurance et le cynisme.

C'est moi, ça. C'est ce que je vois de moi, tout le temps. Ca fait mal, hein ? C'est ce que je suis, ce que je dois assumer d'être, parce que je ne peux pas tout changer. Peut-être qu'un jour je serai forte, à force. Mais pas pour le moment. Je dois encore apprendre et avancer.

Au fil de mon texte, mes yeux s'emplissent à nouveau de larmes, comme le creux de ma poitrine me lance toujours plus. C'est dur de se mettre face à soi, c'est dur de graver tout ce mal, noir sur blanc. C'est dur d'admettre ses faiblesses.
Oui, j'aurais besoin qu'on réponde à mes appels à l'aide, mais je le sais, c'est impossible. Les gens ne sont pas télépathes, et moi non plus. Si je veux de l'aide, je dois briser ma carapace, et la demander moi-même.

Alors je pleure, l'heure passe et je pleure encore et toujours, je pleure sur ce moi-même coupé en deux, sur ce non-moi, à ne plus tellement savoir ce que je suis, comme si j'allais le savoir un jour de toute façon.

Et puis j'arrête. Fin de la purge pour ce soir.

Ce qui me fait mal me fait du bien, et je pense que rien n'aura un meilleur effet de catharsis que ce moyen-là.

Alors la date me saute aux yeux. Nous sommes le 3 janvier ; trois semaines plus tôt, le 12 décembre, autre date que je n'oublierai pas, je passais, morte de peur, le fameux test qui me permettrait de savoir si oui ou non j'aurais une chance de partir l'an prochain, m'éloigner de tout ça et voir si l'autre extrémité du monde est meilleure pour moi.

Le fameux test qui me permettrait surtout de savoir si oui ou non je suis encore capable d'être autodidacte. Si mon savoir est encore valable, et mes nerfs également.

Je me revois devant la porte, morte de peur, hésitante, à remplir les papiers en espérant ne pas me tromper. Cette fois, je n'étais pas assistée. C'était moi et moi seule, et personne que je connaisse à côté.
Je me revois à la pause, ne même pas oser me lever de ma chaise pour aller manger, mais rester dix minutes devant un écran, à regarder les secondes défiler, à paniquer un peu plus. Je me revois bafouiller au microphone, me dire "c'est bon, c'est foutu", je me revois désespérée devant le sujet d'écrit, apprivoiser le clavier Qwerty, je me revois sourire à la fin, du sourire de ceux qui, vaincus, n'ont plus rien à perdre.

"Advienne que pourra."

Il fallait trois semaines pour l'affichage des résultats. Et ça y est, normalement, ils sont là. Je vais sur la page. Login, mot de passe. Je n'y crois pas totalement, après tout, il y avait les vacances ; peut-être le délai sera-t-il plus long ?

Et pourtant voilà : mon nom. La date du test.

"Scores: available."

Je clique, et ce n'est que lorsque la page devient blanche, attendant de m'afficher la suite, que je réalise ce que je viens de faire. Mon cœur bat se met à battre vite, trop vite.
J'ai cliqué alors que nous sommes en pleine nuit, que je ne suis pas prête à voir mes résultats. Que ferai-je si jamais j'ai échoué ? Si je n'ai que 60 au lieu des 70 qu'il me faut ?

L'apparition de la nouvelle page ne me laisse pas le temps de plus regretter que ça.

Je vois mon nom, à nouveau, et à nouveau la date du test. Et puis des catégories. Je cherche les résultats.

Mon cœur s'arrête de battre aussi brutalement que sa cadence avait accéléré juste avant.

"Reading: 29/30

Listening: 27/30

Speaking: 22/30

Writing: 21/30

Total Score: 99/120."

Ma bouche s'ouvre. Muette d'étonnement. Il est maintenant deux heures du matin, pas question de faire le moindre bruit ou je réveillerai toute la maisonnée. Un léger cri étranglé. Une poussée de joie.

C'est dur de la retenir ; je vais éclater ! Mon souffle grince, contenant le cri que j'étouffe...

Alors voilà, ça y est, une preuve, maigre preuve mais toujours là, juste quand j'en avais besoin.

Je ne suis pas une incapable, je peux faire des choses bien. Même si je pense avoir échoué à quelque chose, ça n'est pas forcément la vérité. Oh mon Dieu, j'ai eu 99 au ToEFL, moi qui l'avais à peine préparé, moi qui y allais sans gloire en croisant les doigts pour avoir 70. Oh mon Dieu, je pourrais à 1 point près me faire admettre à Oxford, mon rêve. Oh mon Dieu, je pourrais à 6 points près me faire admettre à Harvard, la gloire.

Nous sommes le 3 janvier 2009, il est deux heures du matin, j'ai passé toute la première partie de la nuit à écrire et à pleurer, et j'ai eu 99 au ToEFL, et j'ai vu les portes des universités s'ouvrir d'un coup.
Peut-être que je ne pourrai quand même pas partir... Mais au moins, je parle anglais, je parle bien anglais. Et ça me fait plaisir.

2009, ça ne fait pas longtemps que tu es là, mais déjà tu te montres faite de hauts et de bas.
2009, je ne te connais pas depuis très longtemps, mais continue comme ça, et je pense que je pourrais beaucoup t'aimer.

Et bonne année.

Dec. 28th, 2008

Désimagination


Dimanche 28 décembre - 11h


"Marshmallow ?"

Elle me regarde l'air d'attendre, incertaine. Non, pas Marshmallow.
Je continue de chercher.

"Menthe à l'eau ?"

Non, non. Ses yeux disent non, clairement. Mais je ne sais pas, moi !

"Lullaby ?"

Ca devient plus fouillé, moins naïf. Ses yeux sont fixés sur moi, dubitatifs, en attente.

"Mais je ne sais pas, moi ! Tu ne m'aides pas, non plus !"

Ma sœur se tourne vers moi.

"Souricette ?"

Et puis quoi encore ?!

"Non. Bon, dis-moi, toi, tu veux quoi ?"

Je la secoue un peu. C'est vrai, quoi, elle ne fait rien pour faire avancer le schmilblick !
Mais rien à faire, elle ne répond pas ; la souris en peluche violette sur mes genoux se contente de garder le silence, en me fixant avec des yeux désespérés.

"Jade ?"

C'est joli Jade. Mais non.

"Violette ?"

Trop banal.

"Jasmin ?"

J'aime bien aussi, mais non. Ca ne convient pas.

"Améthyste ?"

Peut-être un peu trop classe pour une souris en peluche violette.

"Pfff, t'es pénible, tu sais ? Tu n'y mets vraiment pas du tien... J'ai bien envie de continuer à t'appeler Souris, ce sera bien fait pour toi."

Je désespère. Je baisse les bras.
Je crois que ça y est. J'ai perdu mon âme d'enfant. Je n'arrive plus à avoir assez d'imagination pour trouver des noms à me peluches, là où auparavant il ne me fallait même pas deux minutes pour trouver un mot juste, correspondant parfaitement à l'apparence et l'attitude de mes "nouveaux amis".

Mon père se retourne d'un coup vers moi.

"Dis, tu te rends compte quand même que depuis tout à l'heure, tu es en train de parler à une peluche, et que tu essaies de lui faire du chantage maintenant ?"

Bien vu.
J'ai peut-être pas tout perdu non plus.
Maintenant, reste à savoir si c'est une part de naïveté que j'ai gardée ou si c'est juste de la crétinité naturelle...
 

Dec. 15th, 2008

Lettre ouverte à mon enfance

Lundi, 15 décembre 2008 - 11h

          Cher Père Noël,

Ca peut paraître étrange, que je t'écrive cette année, alors que cela fait si longtemps que je ne l'ai pas fait, et que je n'ai jamais cru en toi. D'autant plus que je sais déjà ce qui cette année va m'attendre sous le sapin, ce qu'il y aura dans les paquets que je déballerai. Mais toutes ces choses ne sont que des choses matérielles, et moi, tu vois, je m'en lasse...

Rayer, raturer, réécrire, recommencer, encore, une nouvelle page à la poubelle. La plume court et file pour écrire à ce personnage que je sais pourtant faux.

Et pourtant j'aime cette tradition. Alors allez savoir pourquoi, cette année, j'ai eu envie de recommencer.

Enfin la lettre est prête. Il m'aura fallu du temps pour parvenir à la rédiger comme je voulais. Ce n'est pas chose si aisée à présenter, et puis ça fait un peu mal de reconnaître qu'on n'est plus une gamine, qu'on veut travailler chaque phrase pour qu'elle soit jolie et pleine de sens. Je veux toucher avec mes mots, mais je veux aussi qu'ils expriment tout ce que je ressens en moi.

J'ai travaillé et retravaillé chaque phrase. Et la voilà, dans l'enveloppe où j'ai écrit d'une écriture appliquée, avec mon habituelle plume violette.

Père Noël.

Le marché de Noël de Perrache est une vraie fourmilière. Du bruit, des gens, des enfants qui pleurent, des rires, de la musique, les voitures qui passent, les valises qui roulent. Les odeurs de nourriture, ici et là, pain d'épices, vin chaud...

Dans ce brouhaha, ce concentré de vie humaine, personne ne fait attention à la jeune femme de dix-huit ans emmitouflée dans son manteau noir et son écharpe violette, qui sort du métro puis de la gare et traverse le marché d'un pas rapide et assuré, baladeur sur les oreilles. Personne ne tourne la tête quand elle s'arrête devant la boîte aux lettres joliment décorée, à l'entrée du marché, et la contemple pensivement, puis sort de sa poche une enveloppe qu'elle glisse dans la fente... Avant de prendre une grande inspiration et repartir d'un pas résolu.

Mission accomplie. L'opération aura pris en tout environ une demie-heure. Juste trente minutes pour voir la lumière du jour hors de mon appartement, mais je n'avais besoin que de cela.

Cette année, le Père Noël aura une lettre de plus dans sa boîte aux lettres. La mienne.
 

          Cher Père Noël,

C'est étrange, de t'écrire comme ça, tout d'un coup, après dix ans sans le faire, alors que mes parents ne m'ont jamais fait croire en toi. Je suppose que tu ne dois pas avoir un métier facile, à lire toutes les âneries que les gens peuvent faire écrire à leurs enfants. Pourtant, cette année, je trempe ma plume dans ce tas d'inepties, je retombe un peu en enfance en imaginant le grand barbu en rouge en train de rire à la lecture de cette lettre.

Tu sais Père Noël, je sais que ce sont ma famille et mes amis qui vont m'offrir mes cadeaux. Je sais déjà que le 25 au matin, sous le sapin, à côté de mes chaussures, il y aura un paquet rectangulaire qui m'attendra, et je sais même déjà ce qu'il y aura dedans. Je sais aussi toutes les enveloppes que je recevrai, avec des objets banals pour qu'elles ne soient pas toutes seules et que je puisse encore déballer quelque chose. Je sais que mes amis parviendront sûrement à me surprendre avec leurs idées farfelues.

Mais toutes ces choses sont des choses matérielles, de ces choses éphémères qui vieillissent trop vite et qu'on finit par oublier...

Tu sais Père Noël, cette année je sais de quoi j'ai besoin, plus que d'un ordinateur, plus que d'argent, et c'est pour ça que je prends une plume pour t'écrire, malgré mon âge, même si je n'ai jamais cru en toi.

S'il te plaît, Père Noël... Je sais que je suis restée en silence pendant longtemps. Mais cette année, je voudrais te demander quelque chose. Pas grand chose ; juste une petite aide pour que les sourires de Noël puissent rester sur mon visage le reste de l'année.

Père Noël, cette année, tout ce que je voudrais, c'est juste un peu de bonheur, qu'il soit sous le sapin ou ailleurs. C'est un peu de chaleur dans mon cœur, pour dépasser les choses matérielles que je déballerai, pour m'aider à les apprécier, pour que le sourire sur mon visage ne soit plus faux ou forcé.

Je ne sais pas si c'est dans tes cordes ; mais c'est ce que je voudrais. C'est la demande d'une grande enfant à quelqu'un en qui elle n'a jamais cru, parce qu'elle ne sait pas à qui d'autre s'adresser. C'est la supplique d'une enfant perdue dans un monde de grands qui aurait voulu ne pas grandir, et être encore capable de s'extasier pour un rien comme le font ces petits qui découvrent le monde avec des yeux émerveillés.

Merci, Père Noël. Et bonne chance pour ta tournée de cette année.

Oct. 27th, 2008

Contre-addiction

Lundi 27 octobre 2008 - 23h30

 

Ce qui est sympa, quand on rencontre des nouvelles personnes, c'est les présentations.
Passé le nom, l'âge, les études, le lieu de vie, viennent les questions plus personnelles...

"Et vous avez des petits amis ?"

Elle est trop adorable, cette demoiselle chinoise. Rien qu'au ton de voix, on entend qu'elle, elle en a un, et surtout qu'elle crève d'envie de nous le montrer...
Les deux amies qui sont avec moi répondent simplement par la négative.
Et moi... Cynisme ou provocation ? Je ne sais pas, mais du tac au tac, je ne peux m'empêcher de lancer d'un ton narquois une question qui se veut détachée.

"Comment on dit 'Je me suis fait plaquer il y a deux semaines' en chinois ?"

Tout de suite, mes deux amies sont prises de cours. Première info : je n'ai, pendant un temps, plus été célibataire. Deuxième info : je suis à nouveau célibataire.
Ce ne sont pas forcément des informations que j'ai envie de propager...
Leur réaction est purement française. D'abord révoltées de ne pas avoir été mises au courant, elles passent ensuite à une compassion qui, selon moi, n'a pas lieu d'être.

"Oh ma pauvre !"

Je ne suis pas pauvre. Je ne suis pas à plaindre. J'ai moins pleuré pendant ma rupture que pendant que nous étions en couple. Il aurait peut-être mieux valu que je pleure alors, mais je ne l'ai pas fait. Je suis heureuse maintenant, donc pas de condescendance.
La réaction de la demoiselle chinoise me paraît limite plus appropriée.

"Mais tu n'as que dix-huit ans ! C'est trop jeune !"

J'adore le mode de pensée chinoise sur ce point. A des années lumière de la pensée française...
Pour le coup, je suis même presque d'accord avec elle. Dix-huit ans, au fond, c'est trop jeune. Beaucoup trop jeune, si on veut réellement construire quelque chose de fort, qui tienne, qui dure. Pas de ces relations éphémères, libertines, inutiles et destructrices pour l'âme de quelqu'un qui a une logique comme la mienne...
Ce n'est pas un hasard, après tout, si je suis restée célibataire pendant dix-sept ans et six mois. Pas que je regrette de ne plus l'avoir été un temps, au contraire, ça m'a permis de voir, de mettre les choses au clair avec moi-même.
Mais ce n'est pas un hasard non plus si encore maintenant je ne cherche pas.

Dix-huit ans, c'est trop jeune. Tu as raison.
Mais alors qu'est-ce qui n'est pas trop jeune ? Qu'aurai-je de plus à vingt ans que je n'ai pas à dix-huit ans, sur ce point-là ?

Je ne cesse de me battre sur mes âges. Esprit-corps, corps-esprit. Tous les gens qui m'entourent au quotidien ont au moins deux ans de plus que moi... Comment alors me former une mentalité de dix-huit ans ? Comment me dire que je suis trop jeune sans me rabaisser par rapport à eux ? Quand bien même je voudrais me mettre à leur niveau, la barrière serait trop grande !
C'est un questionnement perpétuel, un malaise continu. Je voudrais avoir un âge normal, correct, correspondant à ma manière de penser. Ou bien une manière de penser correspondant à mon âge.
N'importe quoi, mais ne plus, sans arrêt, être coincée, ainsi, un pied de chaque côté de la ligne...

Hélas ma dualité s'étend jusqu'au plus profond de mon coeur. Toujours, toujours ce questionnement. Qu'est-ce que je suis, où est-ce que je vais - qu'est-ce que j'aime ?
C'est pratique, d'un côté.

"Je t'ai déjà dit que t'était pas mon genre de mec... Prends-le pas pour toi, c'est juste comme ça."
"Et c'est quoi, ton genre de mec ?"

Très pratique, en fait.
Pardon, mais c'est tellement facile, tellement tentant, que c'en est presque jouissif.

"Le genre à poitrine assez développée, dépourvu d'appareil génital masculin, et avec des cheveux longs, roux si possibles."

Oui... Je suis une salope.
Salope, mais fière d'elle. Le silence qui suit remonte en moi une vague de satisfaction. J'exulte du malaise de l'autre en face.
Mais est-ce que je me cache derrière ça, ou est-ce que c'est vrai ? Vraiment vrai ?

Je ne sais plus... Je ne suis plus. Si... oui, je suis capable de désir pour l'un, pour l'autre. Oui. Mais alors, alors, alors... Alors quoi ?
Fichue dualité, fichues incertitudes, fichu combat perpétuel contre moi-même.

Et maintenant, suis-je amoureuse ? Non, ce ne sont pas les symptomes. Mais si je continue, je pourrai l'être. Mais il ne faut pas que je continue. Je le sais, je ne peux pas, parce que ça serait destructeur.
Je ne suis pas amoureuse, mais je joue à l'être. Parce que ça me permet de me lever les matins. Ca me permet de sourire encore plus. Un bonheur brut, facile à atteindre.

"Aujourd'hui, je vais la voir !"

La voir, elle. La. Elle.
Je ne dois pas, parce que ce serait destructeur. Parce que je lui ferais peur, et que de toute façon, ce serait impossible.
Mais ça me fait une raison de me préparer à chaque jour. D'attendre le lendemain avec impatience.
C'est si futile, le bonheur !
Mais ce n'est pas une bonne raison de vivre.

Et voilà qu'on me le demande encore. Elle aussi.

"Un petit ami ?"

Curieuse, va. Un petit ami, celui qui m'accompagne ? Certainement pas.

"Non. Je n'aime pas..."

La fin est sur le bout de ma langue. Mais elle ne sort pas.
Est-ce que je finis ? Est-ce qu'à elle aussi, je lui dis ce dont je doute, ce que je sais qui n'est que partiellement vrai, mais vrai tout de même ? Est-ce qu'elle le prendrait bien ? Ce n'est pas la même culture, beaucoup de risques. Les pensées filent dans ma tête, vite, très vite. Qu'est-ce que je suis, est-ce que je l'admets, où je vais, est-ce que je prends le risque, faut-il tenter, est-ce que, et si, voyons, mais non, allez, deux mots, plus rien, ne dis rien, allez, chut, parle, tais-toi, fais quelque chose...
Mais je ne finirai jamais cette phrase. Elle a vu qu'elle a touché un point sensible, une corde qui vibre un peu trop, une corde qu'il faut encore que j'ajuste.
Curieuse mais pas trop...

"Nah, c'est ok, je comprends."

Fin de cette discussion, changement de sujet.
Mais n'empêche... J'aimerais savoir ce qu'elle a compris.

Parce que pour le coup, moi aussi, j'aimerais bien comprendre.

Oct. 5th, 2008

Une Erreur majeure...


Dimanche 5 octobre 2008 - 23h35


Voilà plus d'un an, je postais le premier message de ce LiveJournal. J'ai relu tout ce que j'ai écrit depuis... Je me suis moi-même fait rire, pleurer, sourire, peur... Parmi les dernières notes que j'ai postées, nombreuses sont celles qui semblent mystérieuses, portées plus sur la psychologie que sur les faits divers d'une vie étudiante, et surtout, loin d'être joyeuses.
Trop nombreuses à mon goût, en vérité. Maintenant qu'elles sont postées, je ne les supprimerai pas, mais à dire vrai je n'ai qu'une hâte : qu'elles soient totalement obsolètes.

Voilà plus d'un an, donc, que je postais le premier message de ce LiveJournal... que de changements en un an ! Le style évolue, le ton change, la façon d'utiliser les mots n'est plus la même. Et pourtant l'auteur, elle, reste la même, toujours présente, prête à recommencer les mêmes erreurs et en trouver de nouvelles à faire.

Il y a un an, j'étais une jeune gamine assez désabusée et pourtant pleine d'espoirs, qui se sentait comme une fourmi perdue au milieu de cette cité trop grande, trop pleine de lumières aveuglantes, trop bruyante. Tellement déshumanisante.
Maintenant, je ne suis plus totalement une gamine, mais je reste désabusée et pourtant pleine d'espoirs. J'ai perdu foi en la vie et surtout en l'Homme, mais quand on n'attend plus rien du monde environnant, alors on ne peut qu'être bien surpris lorsque quelque chose de bien arrive.

J'ai trouvé une place à Lyon, une identité déstabilisante mais que j'assume. Je suis l'étudiante fantôme, perdue entre mes deux licences, entre mes sept groupes de TD. Je suis celle dont le visage dit vaguement quelque chose aux gens ; celle qui arrive et repart en vitesse, en coup de vent. Personne ne sait qui elle est mais tout le monde connaît son visage, sans pour autant se rappeler forcément d'où il l'a vu.
Et comme tous les fantômes, j'ai heureusement encore des chaînes. Des sortes d'ancres, un peu partout, qui me retiennent. Des gens qui me connaissent, qui me soutiennent. Qui arrivent à me faire penser que ça vaut le coup de rester.

Je redécouvre Lyon, je la vois d'un autre œil.
Que cette ville est grande... Mais désormais, elle est emplie d'éléments familiers, bons, mauvais souvenirs, nostalgiques, amusants, déprimants...mais présents.

J'ai enfin une identité dans cette ville trop grande. Je suis un numéro, mais je porte ce numéro avec fierté, et je sais qu'autour de moi, il y a quelques personnes qui peuvent se vanter de connaître ce qui se cache derrière ce numéro. Que ce soit 3073917, 404 ou 7718, tous sont engloutis par la foule, noyés dans le flot, et pourtant familiers à d'autres que moi.

Une identité numérique et un visage flou pour le monde. Un nom, plus ou moins réel, pour ceux qui me sont proches. Ceux qui sont là pour moi, plus ou moins près géographiquement, mais dont la présence dans mon esprit arrive à me faire sourire et me forcer à me lever chaque matin et à vivre chaque jour. Et chaque jour, de nouvelles personnes construisent et consolident cette présence, cette chaleur...
C'est tout ce dont j'ai besoin.

Appelez-moi Lia. Je viens d'atteindre la majorité. En un an, je suis montée, je suis tombée, j'ai découvert, j'ai ri, j'ai pleuré, j'ai grandi. En un an j'ai tellement vu, tout gagné, tout perdu.

Appelez-moi Lia. J'ai attaqué une nouvelle année de fac, j'ai de nouvelles ambitions, de nouveaux espoirs, de nouveaux rêves, de nouveaux combats, de nouvelles peurs à surmonter. J'ai rencontré de nouvelles personnes, redécouvert celles que je connaissais déjà, trouvé de nouvelles raisons de vivre. Je suis à nouveau prête à voir, perdre encore, puis regagner.

Appelez-moi Lia. Je ne suis qu'une goutte d'eau dans le mouvement perpétuel de la vie. Je suis mon cours, comme toutes les autres, noyée parmi les autres. Dans l'attente du jour où j'atteindrai encore un nouveau rivage...

"I to the world am like a drop of water
That in the ocean seeks another drop,
Who, failing there to find her fellow forth,
Unseen, inquisitive, confounds herself."

- William Shakespeare

 

Sep. 23rd, 2008

Ego mehi Locusta


Mardi, 23 septembre 2008 - 20h

 Un texte dur à écrire, qui sera sûrement tout aussi dur à lire.
Je ne sais pas pourquoi, mais j'avais besoin de l'écrire.
Par pitié, ne jugez pas.
On ne sait pas ce qu'on est capable de faire lorsqu'on ne trouve plus rien à quoi se rattacher.

  

Un.

 Pschhh...

 Deux...

Pschhh...

Trois, quatre, cinq...
Je perds le compte.
Ils se dissolvent dans l'eau, les uns après les autres.

Pschhh...

Ca mousse.
J'attends un peu pour que ça ne déborde pas, vais jeter les emballages.
Je prends mon carnet.
Ecrire.
Dire pourquoi je fais ça.
C'est important. Pour eux, pour qu'ils comprennent.
Ils n'ont plus besoin de moi. Ils se suffisent entre eux.
Personne n'a besoin de moi. Je suis celle qui les tire en bas quand ils essaient d'atteindre le haut.
Je suis celle qui les regarde d'en bas en essayant de comprendre comment ils font.
Je suis celle qui leur fait la courte échelle pour qu'ils montent.
Mais ils sont en haut.
Ils n'ont plus besoin de moi.
Famille, amis. Moi je ne suis rien.
Rien qu'une goutte d'eau dans la mer de leurs connaissances.
Une pluie de gouttes d'eau qui les empêche d'avancer en les trempant, en alourdissant leurs vêtements, comme un trop gros orage auquel on doit faire face...
Une goutte d'eau qui roule sur ma joue et tombe dans le verre.

Pschhh...

Combien ?
Je ne sais pas.
Une dizaine. Tout ce qu'il y avait dans la boîte.
Ca mousse toujours. Ca sent mauvais. Ca saute du verre, avec son pschhh...
C'est répugnant.
Qu'est-ce que je fais ?
Je me soigne.

J'ai mal à la tête.
Je veux dormir. Dormir. Est-ce trop demander ?
Je regarde le verre.
Je suis folle.

Alors ça me soignera, comme je l'espère.

Ecrire...

Mal au crâne.
Dormir.
Vous croyez que je vais y arriver ?
Dormir enfin. Me REPOSER, je veux dire.
Et puis mal !
Je suis malade je crois.
Je me demande si je n'ai pas de fièvre.
Je ne fais que vomir...

Des idées qui me passent par la tête. J'écris tout. Ecriture quasi-automatique.

Hamlet n'était pas un fou, en fait, c'était un génie.
Poe par contre était un fou. Mais génial aussi.
J'ai encore mal.
Je voudrais bien dormir. Ca me manque.
J'ai froid aussi. J'ai tout le temps froid en ce moment.

Mais il fait vingt-cinq degrés dans l'appartement...

Je me demande ce qui va se passer.
Ca fait longtemps que je veux essayer de dormir.
Je crois que je suis un peu folle.
Le manque de sommeil rendrait n'importe qui fou.
Oui mais là encore plus.
C'est une passe peut-être. Juste une crise.

Ecriture semi-automatique de mes pensées, mes idées, mes questions, mes combats contre moi-même.
Voilà, je ne dors pas. Voilà ce que j'ai dans la tête. Voilà ce qui me parle.
Voilà ce qui fait que je ne dors pas.

Est-ce que je réfléchis ?
Oui. Trop.
Je crois que je suis folle.
C'est vrai que je suis bonne actrice.
Enfin.
Seulement sur la scène de la vraie vie.

Tout se suit, se mélange, sans logique autre que la suite du flot de pensée de mon esprit. Passer d'un sujet à l'autre, toujours, hop, et hop. Ceci, cela.

Je suis consciente ?
Oui.
Je suis juste folle.
Je pourrais rendre les gens fous aussi.
Peut-être.

Oui. Folie appelle folie. De destruction en destruction. Rire.

Pourquoi je ris ?
Parce que je suis ironique.
J'aurais dû être devin... Ma plume décrit tout ce qui se passe à l'avance.
Cynique.
J'ai mal à la tête.

Dans le verre, ça mousse toujours.

Pschhh...

Qui je suis ?
Qu'est-ce que je suis ?
Une humaine ?
Oui. Sûrement. Je suis assez folle pour.
Oui mais une humaine quoi ?

Qu'est-ce qui fait que je suis différente des autres ?

Est-ce que je suis mauvaise ?
Est-ce que je souffre ?
Mais qu'est-ce que j'ai dans la tête ?
Je suis une Antigone.

Ce n'est pas une réponse. Mais voilà ma vie. Voilà ma tragédie.

Une Antigone.
J'aime Antigone.
Condamnée à mort parce qu'elle avait voulu faire quelque chose qui ne servait à rien.
J'admire l'Antigone de Sophocle.

Elle n'a pas peur, Antigone, chez Sophocle. Ou plutôt si, elle a peur, mais elle se défend, elle se bat, elle se lève. Elle a un honneur.

Moi c'est encore pire.
Je suis l'Antigone d'Anouilh.

Elle, elle a peur. Elle le dit elle-même. J'ai peur.
Oui mais quand Antigone meurt, tout le monde meurt.
Personne ne va mourir parce que je me suis endormie...

Je ne suis rien en fait.
Juste éphémère. Très éphémère.

Ils ne vont pas comprendre mon éphémère. Je suis sûre que certains seront assez stupides pour penser que c'est leur faute. Ce ne seraient même pas les bons. J'en suis sûre.
Ils ne vont pas comprendre, ils n'ont pas compris. Pourtant... Je voudrais.

Je vous aime. Tous tellement.
Je veux dormir.
J'ai mal à la tête...

Ca a fini de mousser.

Encore ?
Bah. Allez.
Deux de plus ou de moins...

Pschhh...

J'en rachèterai.
Je suis sûre que je ne vais pas dormir.

Je n'ai jamais réussi.
Mais je voudrais. J'essaye. Encore. Toujours.

Alors pourquoi ?
J'ai envie. Y croire un instant.
Est-ce que mon rêve c'est dormir ?
Je vis pour les autres.
J'aime les autres.

Alors pourquoi ?

Je ne crois pas que ce soit une bonne idée.

Alors pourquoi ???

Mais j'ai envie !
Après tout, on est à l'âge où on cède aux envies, non ?
Je me demande ce que je pourrais faire.
De pire.

Oui, de pire. Pire que dormir ? Mieux que dormir ?

Je suis lâche ?
Bah.
J'aime Charles Baudelaire. A la folie.

Pas de cohérence dans mes lignes. Tout juste plus dans mon esprit. Des pensées qui filent, vite, paraissent logiques à mon esprit et c'est tout ce qui compte.

Je suis la plaie et le couteau.
Je suis une Héautontimorouménos.

Un long mot. Moi. Chimère. Moi. Deux choses. Dualité. Une blesse, l'autre reçoit la blessure.
Une moi. Deux moi ?
Un désir.
Un besoin, urgent, un appel en moi. Répondre.
Vœu d'autodestruction.

Tout ce que je voudrais en retour, c'est dormir.
Mon appartement est dans un bazar monstre !
Je ne peux pas dormir comme ca.

Eclair de lucidité... Ou pas. Mon esprit vagabonde toujours, s'attache à tout, chaque détail, les pensées s'écrivent sur ma feuille plus clairement qu'elles ne s'inscrivent vraiment dans ma tête...

Il est 22h. Ca fait deux heures que j'essaie...
Bon, je vais ranger.
Après je pourrai dormir...enfin.
J'espère.

Ranger.
Pourquoi cette attention au détail ? Comme si je voulais que tout soit parfait.

Je me demande si les gens comprennent.
Je ne sais pas.
J'ai sommeil.

Comprendre ce besoin de dormir. Ce besoin de s'éloigner, un peu, beaucoup, vraiment.

Je crois qu'ils ne comprennent pas.
Ca paraît absurde ?
Je ne sais pas.
J'ai sommeil.
Ca fait trop longtemps que j'accumule.

Comme si je n'avais pas dormi depuis des années...tomber.

Je veux dormir.
Dormir.
Dormir.
Dormir.

Litanie.
Un vœu. Une requête.

Je suis fatiguée.
J'ai froid.

Froid. A l'intérieur. A l'extérieur. Chair de poule. Froid. Il fait vingt-cinq degrés pourtant. Mais plus rien ne me réchauffe.
Retourner sous la couette. Un ersatz de chaleur...

En fait non.
Je ne vais pas ranger plus que ça.
Sinon ce serait plus mon appart.

Me recoucher. Aïe, non...

J'aurais pas dû me lever.
J'ai mal.
C'est bête, elle arrive dans 1h15...

Oui, c'est bête. J'aurais bien aimé la revoir une dernière fois. Après un an... J'aurais pleuré, assurément. Comme d'habitude.
Telle que je la connais, elle m'en voudra à mort...

Pas grave.
Elle n'a pas besoin de moi.

Egoïste de décider de quoi les autres ont besoin ?
Je n'ai pas envie d'y penser.
Egoïste... Pour une fois, je veux l'être, vraiment.
Pour dormir.

En fait...
En fait...
Bah.
C'est drôle.
Je crois bien que je m'aime.

Egoïsme. Mon égoïsme.

Il n'y a que dans ces moments que je m'aime.
C'est bizarre.
Bizarre.

Même moi, je ne comprends pas.
Tant pis. C'est comme ça que je suis.
En ce moment même, je m'aime, et c'est tout ce qui compte.
Je m'aimerai encore plus quand je dormirai.

Qu'est-ce que j'ai mangé aujourd'hui ?

Encore une suite d'idées, sortie de nulle part, tout file et passe sans cohérence aucune.

Trois prunes. Un Actimel. Des algues.
Et hier ?
Un peu de frites. Un sandwich.
Oui mais j'ai encore vomi...
Je ne sais pas.

Pourquoi ces questions idiotes ?
Tout passe si vite dans mon esprit.
Ma plume suit le rythme.

J'ai beaucoup bu. Boire surtout.
C'est l'eau qui est importante.

Suite d'idées logiques.

L'eau.
Je déteste l'eau.
Je hais l'eau.
J'exècre l'eau.
Je crois que je m'aime plus que j'aime l'eau.
Je vais m'en sortir.

Sortir de l'eau.

Je vais dormir.
Pour sûr.

J'écris. Je veux y croire. Je veux dormir. Mais je n'y peux rien. Je n'y crois pas. Pourtant je veux, je veux...

J'ai trop sommeil !
Pourquoi je ne dors pas ?
Je vais y arriver.
Cette fois...

Je veux, je veux...

Je vous aime tous.
Même moi, maintenant.
Si je dors, je m'aimerai...
C'est bête, je sais toujours pas jouer la Pavane de Ravel...

Regrets. Tant pis. Je vais dormir.

Ni chanter Vole.

Détail. Tant pis. Je vais dormir.

Pourquoi les gens m'aiment ?
C'est bête, ça ne sert à rien de m'aimer.

Moi je ne m'aime que parce que je vais dormir.

Ils n'ont même pas besoin de moi.
Ils ont d'autres gens à aimer !

Pas moi. Moi, c'est inutile. Je suis inutile. Ne m'aimez pas, pauvres fous... Vous allez tous être déçus... Trop tard... Tant pis.

Peut-être que je vais dormir.
Il est 22h30.

Repenser à mes pensées.
Un regard sur le verre.
Un regard sur mon appartement, à mon image. J'ai fermé le volet.
Coupée du monde extérieur ; juste moi, et mon propre monde...
Un regard vers les autres au loin.

Je me fais peur.
Je suis dangereuse.
Je m'aime.
J'ai sommeil...

Je pose le crayon.
Je bois le verre.
J'éteins la lumière.
Et je m'allonge.
Dormir. J'ai mal...

Et mes pensées me reprennent. Mais je n'écris plus.
Convaincue d'avoir fait la bonne chose.

Est-ce qu'il y en aura assez pour que je dorme, vraiment ?
Je n'ai qu'une hâte, ne plus me réveiller.

Malgré moi je pense toujours aux autres. Ils m'en voudront, à tous les coups, ils me maudiront. Il ne fallait pas m'aimer, je vous l'avais dit, ne m'aimez pas, il ne fallait pas, pardon... Laissez-moi être égoïste, laissez-moi dormir. Vous n'avez plus besoin de moi.

Après tout, ce sont eux qui sont égoïstes de m'obliger à rester parce qu'ils m'aiment, alors qu'ils n'ont plus besoin de moi.
On n'a pas besoin de moi ici.
J'ai fait ce que j'avais à faire.

Seigneur, regarde, j'ai fait ce que j'avais à faire, tout ce qu'il faut faire sur cette Terre.

Je suis née, j'ai aidé, on m'a aidée, j'ai marché, j'ai parlé, on m'a parlé, j'ai écrit, j'ai lu, j'ai appris, on m'a appris, j'ai observé, j'ai aimé, on m'a aimée, j'ai avancé, j'ai eu peur, j'ai reculé, j'ai décrypté, j'ai encore avancé, j'ai ri, j'ai pleuré, j'ai menti, j'ai prié, j'ai crié, j'ai découvert, j'ai fait des choix...
J'ai vécu ma vie.

Je prie. Pourquoi maintenant, prier. C'est absurde et pourtant ça paraît tellement naturel.
Donner tout ce que j'ai fait à quelqu'un, au-delà... Montrer que j'ai tout fait. Pour pouvoir partir.

J'ai mal, mais je ne dors toujours pas.
Je ferme les yeux.
Noir.

Combien de temps s'écoule ? Pas longtemps, pas assez. Je n'aurais pas dû rouvrir les yeux, j'ai mal.
Mal.
Le cauchemar commence.

Je file, je cours. Un sursaut de mon corps. Ca y est, à nouveau, le vide en moi se crée.
Boire, me rincer.
Goût amer, écœurant...
Me recoucher.

Mais cela me reprend. Courir, à nouveau.
Me vider encore.

Combien de fois ?
Trop.
Toutes les cinq, dix minutes. Me recoucher, en espérant fermer les yeux, en attendant dans l'angoisse que ça recommence.

Je finis par m'endormir. Sommeil sans rêves...
Et me réveiller. Sursaut. Encore.
Cette fois, j'ai un seau à côté de moi.
A peine éclairée par la lampe de chevet, ça recommence.
Je n'ai rien, plus rien en moi, et pourtant il en sort toujours.
Mauvais goût amer. Je n'ose plus l'enlever avec de l'eau. L'eau ressort trop facilement, encore plus que le reste, encore plus douloureux.

Je vois mal. Mais dans le seau, la teinte est trop foncée.
Je me vide même de mes éléments vitaux, alors.
J'ai mal.
Comme si je m'arrachais des bouts de moi à l'intérieur.
Et le pire, c'est que je ne dors toujours pas...
J'ai échoué... Je le sais déjà. J'ai encore échoué. Ne suis-je alors vraiment bonne à rien ? Pas même à m'endormir...
J'ai mal.

Essayer de fermer les yeux, malgré tout.
Je suis épuisée. Plus rien ne tient en moi.
J'ai soif. J'ai mal.
Ne pas boire, ou l'eau ressortira, avec le flot rouge.
Dormir... Je n'en peux plus.
Je n'y arrive pas !

Mais regarde, Seigneur, regarde ! J'ai vécu ! J'ai fait tout ce qu'il fallait faire ! Que me reste-t-il encore ? Pourquoi m'obliger à rester ici ? Pourquoi sembles-tu penser qu'il me reste encore des choses à faire ? Non ! Non, je n'ai plus rien. Plus rien à faire ici.
Laisse-moi partir maintenant, pourquoi ne m'aides-tu pas ?

Je ne dors pas. Je n'ai plus rien.
Raté...
Ratée.

Noir.

Lumière. C'est foutu. Foutu...
Crayon, encore.
Dire à quel point c'est foutu, je suis foutue.
Ecrire à quel point je suis foutue... Me ridiculiser, moi-même, garder un souvenir, des mots cuisants tracés sur le papier comme une nouvelle plaie à l'intérieur de moi-même.
Foutue.

Il est 11 heures.
J'ai encore perdu.
J'ai toujours mal.
Encore plus.

Je pleure ? Non. Même plus, même plus. Je ne pleure plus.

Je suis vide, et vidée.
Je n'ai plus rien en moi.
J'ai mal.
J'ai joué à la roulette russe.
Mais même à ce jeu-là, je suis nulle.

Nulle... Lamentable. Pathétique. Même pas fichue de dormir...
Bonne à rien. Poids qui s'accroche aux autres.
Inutile. Et incapable.

Je suis fatiguée.
Mais je n'arrive pas à dormir.
J'ai soif.
Mais j'ai peur de boire.

Que tout ressorte en flot rouge dans le seau, encore, m'épuisant encore.

J'ai mal.
Mal.
Mal.
Mal.
Mal.
C'est atroce comme j'ai mal.
Et sommeil.
Sommeil et mal.

Et pourtant, pas assez pour pouvoir dormir.

Il paraît qu'au-delà de 6 grammes, on peut atteindre le coma.
Je crois que j'en suis à 7 et quelques...

Ce serait cool, le coma.
Ouais....

Mais il n'y aura pas de coma.

Seigneur, je te hais, de n'avoir encore pas voulu de moi auprès de toi cette nuit.
Seigneur, je te hais.

Mon corps, je te hais. D'avoir encore résisté à cette nuit. Pourquoi mon fichu corps doit-il être si résistant ? Toute personne normalement constituée n'aurait plus de foie à l'heure qu'il est.
Et moi, j'ai mal et je suis fatiguée. Mais je suis encore en pleine forme, malgré l'eau rouge du seau, malgré les sept grammes dans mon sang.
Peut-être qu'ils n'y sont déjà plus, en fait.
Est-ce que je suis vraiment humaine ? C'est pas possible. Normalement, je devrais dormir. Si j'étais aussi faible que le sont les humains...

Je me hais. D'avoir encore échoué. J'aurais pu y arriver. Il n'y en avait pas assez. J'aurais dû, j'aurais pu... Je suis une incapable.
Lâche.
J'ai mal. Et j'ai toujours sommeil.

J'ai mal.

Un jour, je dormirai.

 

Je suppose qu'il devrait y avoir une leçon à tirer de tout cela. Je ne sais pas.
Maintenant que je me relis, j'ai un peu peur. Peur de moi-même et de ce dont je suis capable. De ce dont mon esprit est capable.
Peur. Ou fascinée. Fascinée d'être arrivée si près du but, et pourtant si loin, et ce, sans que personne ne soit impliqué. Personne ne voit ni ne sait...
Un face à face avec moi-même. Qui n'a pas eu le résultat que j'espérais...
Je ne dirai pas que je suis triste d'avoir échoué. Je ne dirai pas que je ne suis pas triste d'avoir échoué.
Mais au fond, quoi que je fasse, je n'y arrive pas.
Alors peut-être... Autant rester éveillée... Et garder le flot rouge en moi.
Essayer de trouver le peu de vie qu'il me reste...
Puisque de toute façon, il n'y a rien d'autre à faire.

"Je me suis enfin aperçue que la seule raison d'être en vie est d'en profiter."
 - Rita Mae Brown

 

Sep. 14th, 2008

Mirages en Rafale


Dimanche 14 septembre 2008 - 20h50
 
"Et top!"
 
Eclaté.
 
"Et... Top!"
 
Deuxième éclaté.
 
"Et... Top!"
 
Troisième éclaté.
 
"Eeeeeet..."
 
Vapeurs colorées. Mon cœur bat plus fort.
 
"TOP!"
 
Eclaté final. Je reste, les yeux écarquillés. Ils se séparent par groupe de quatre, font un tour, puis, chacun à leur tour, me passent sur la tête dans un bruit étourdissant qui me fait trembler le cœur, pour aller se poser l'un après l'autre...
De mon toit, je distingue même les silhouettes des pilotes. J'agite le bras, continuellement. Au revoir, au revoir ! A dans deux ans, j'espère.
Ainsi s'achève le meeting de Roanne. Les Alphajets de la patrouille de France ont disparu -jusqu'au prochain meeting...
 
Que j'aime ces rares moments. Assise sur le toit, les yeux écarquillés, je regarde, j'admire, le cœur empli d'envie. J'ai beau connaître leur spectacle par cœur, ils me captivent toujours, ils m'impressionnent... Me font envie. Pilote, c'est une vocation. Tous ces gens, dans leurs cockpits... Ils vivent leur passion. Ils la vivent à fond. Ils risquent leur vie à faire les meilleures acrobaties, pour leur plaisir, pour celui du public.
Je ferme les yeux un instant et m'imagine.
 
De la voltige.
Monter, monter, monter. Encore.
Et puis brusquement, descendre en piqué. Mais l'avion décroche, comment se rétablir ?
...Mais tout de même se rétablir, contre toute attente.
Et recommencer. Encore plus périlleux...
Monter, monter, monter. A nouveau.
Et puis couper le moteur. Et là encore l'avion décroche. Sensation de chute, grisante, tomber, emporté par l'engin, tomber mais garder la tête assez froide pour finalement... Se rétablir à nouveau.
 
Cet appel du vide, de la chute. Cette force mentale pour se reprendre, ne pas se laisser embarquer, redresser et repartir, sous les yeux ébahis des spectateurs.
Cette fierté d'être capable de résister à la chute. Frôler la mort, lui faire un pied de nez.
Se moquer de tout ce qu'il y a en bas. Garder les yeux sur l'horizon, l'horizon, vérifier tous les éléments naturels et défier la nature.
 
De mon toit je les vois. Je les admire. Je les aime, de loin.
Et puis je me souviens. Moi aussi. Ce n'était pas grand chose mais c'était déjà énormément.
Les premiers vols...
 
L'horizon, l'horizon, toujours. Arrêter de regarder les cadrans, regarder les montagnes, un point de repère dans le ciel. Ne pas laisser le vent me déporter.
Virer à droite, à gauche. Oh, chez moi...
 
Même d'en bas, je revois encore tout ça. Toutes les piscines dans le village et les alentours ! Et les toits, les toits partout, et les champs...
Je ressens le cœur qui sursaute lors d'une descente un peu brusque. Je me rappelle les atterrissages peu glorieux, avec rebond associé...
 
Et puis ce qui restera marqué, gravé, éternellement.
Le premier décollage...
 
Attention, suivre la piste. Pied droit, pied gauche, pied droit, pied gauche, rester droite, contre le vent, droite.
 
"Tire sur le manche."
 
Instinctivement, j'obéis au moniteur, trop concentrée sur ma trajectoire pour vraiment réfléchir à ce que je vais faire.
Je tire.
Rester droite.
Rester...
 
"Oh putain."
 
Les maisons s'éloignent.
 
"Tu viens de réussir ton premier décollage."
 
J'ai décollé.
C'est moi, là, c'est moi qui viens de décoller. J'ai tiré sur le manche et l'avion est parti.
Comme les maisons deviennent plus petites, je prends conscience de la maîtrise qu'il me faut avoir sur l'appareil, autant que sur moi-même.
Je me rends compte des possibilités qui s'offrent à moi, rien que grâce à ce simple manche à balais.
Libre. Les parois de métal ne comptent pas. Elles ne comptent plus.
Fascinée par ce que je vois.
Libre !
 
Je venais de faire mon premier décollage.
Et je ne m'en étais même pas aperçue...
 
Il aurait pu y avoir beaucoup d'autres décollages après ça. Beaucoup d'autres instants grisants. Des vols rapides qui se seraient offerts à moi.
Il aurait pu...
Il n'y a pas eu.
Peur du stress. Peur de ne pas être capable.
Peur de ne pas pouvoir résister à l'appel de la liberté. Peur de ne pas pouvoir garder la tête froide. Peur de ne pas pouvoir penser à tout, happée par le ciel. Peur des responsabilités. Peur de ne pas résister.
Peur. Peur. Peur.
Appelée mais terrorisée.
Il n'y a rien eu.
J'aurais pu aller plus loin. J'aurais pu à mon tour vivre cette passion. Même si c'était cher. J'aurais pu faire tout ça. J'aurais pu, oui... Mais...
Je n'ai pas fait.
 
Le ciel m'a appelée. Ils m'ont appelée.
J'ai voulu répondre à l'appel, mais ma panique m'a cloué les pieds au sol.
Je n'ai pas répondu.
 
Et je paie pour cette bêtise tous les jours, quand, en levant la tête, je retrouve cette trainée blanche si caractéristique dans le bleu du ciel.
Et encore plus aujourd'hui, quand, comme tous les deux ans, je me retrouve sur mon toit, les yeux rivés sur les nuages. A vivre par procuration la passion de ces gens qui n'ont eux pas eu peur. Qui ont pris leurs responsabilités.
Qui ont répondu.
 
Ils volent. Et moi, pauvre idiote, je reste, clouée par terre, à les admirer...

Aug. 30th, 2008

Noctis Dementia

 


(Full credits given to Ideoda for the awesome shot. Thank you so very much ! =D)

 

Samedi 30 août - 7h25


Un air qui résonne. Des paroles, des paroles. Ca tourne. Va-t-en.

Chanson qui s'accroche. Je l'aime bien pourtant. Tais-toi.

Pensées. Une, puis une autre. Encore une. Elles s'enchevêtrent, se mélangent, se détruisent, reviennent, pensées, pensées.

Images. Apparaissent, disparaissent. Couleurs.

Voix...

Ma voix... Les autres. D'autres voix ? Encore moi qui parle...

Mets-toi d'accord. Arrête. Pourquoi penses-tu ça ? Arrête.

Voix.

Arrête.

La chanson qui revient. Revient encore. Encore. Je l'aime pourtant cette chanson ! Mais...

Non.

Mal à la tête.

Non.

Les voix.

Non.

Mettez-vous d'accord ! Non, non, ne plus penser, non !

Trop. Pensées.

Trop.

Je me parle. Elles me parlent. Qui me parle ? De l'une à l'autre, tout va trop vite, trop vite. Chut ! Chut ! Taisez-vous ! Laissez-moi !

J'essaie de faire le vide, mais encore cette chanson. Tais-toi aussi, tais-toi !

Mal. Mal. Mal. MAL.

Ca tourne, tout tourne, trop vite, dans ma tête.

Les et si, les j'aurais dû, les mots que je n'écrirai jamais, les notes que je ne jouerai jamais, des paroles qui me hantent, des choses dont personne ne se rappelle sauf moi.

Arrêter de penser.

Arrêter de penser !!!

Je ferme les yeux, plus fort. Laissez-moi. Taisez-vous. Ma tête est sur le point d'éclater. Et toujours cette chanson, cette chanson...

Cette chanson qui ne s'arrête plus, qui semble se moquer de moi, comme mes pensées qui vont et viennent, comme cette voix qui semble être la mienne, puis la sienne, puis les leurs, puis, puis, puis...

Les yeux fermés, plissés, très fort. Je recherche le noir mais je suis si tendue, mes yeux sont fermés si fort, que j'ai l'impression qu'il y a un éclatement de blanc dans mes paupières.

Quand j'étais gosse, je combattais le noir en faisant ça, je me racontais des histoires, je me faisais mon cinéma, j'admirais ces couleurs, feux d'artifice derrière mes paupières quand je fermais fort les yeux. J'y passais des récréations entières, des nuits entières. Il en faut peu pour voyager.

Souvenir. Nouvelle pensée. J'avais dit que je ne pensais plus, que je ne voulais plus penser !

Une idée en amène une autre, puis une autre, sans fin, et les voix toujours, et la chanson toujours. Ah ! Taisez-vous !

Taisez-vous !

Taisez-vous ! Laissez-moi ne penser à rien, laissez-moi sombrer dans l'inconscience, laissez-moi, laissez-moi, laissez-moi mon noir trop difficile à obtenir, laissez-moi !

Ma tête est en feu. Tout va trop vite -trop vite -trop vite -trop vite -TROP VITE !

Je vais éclater. Eclater. Trop plein. Au bord de la folie.

TAISEZ-VOUS !!! LAISSEZ-MOI !!!

Je pleure, je pleure, je gémis. Je vous en supplie, faites-les taire, faites-les taire, ces maudites, faites-les taire, je suis stupide, tais-toi, tais-moi, arrête de penser, tais-toi, taisez-vous, ne pense plus, vois le noir, vis le noir, arrête, arrête, arrête.

Je n'en peux plus. Je voudrais juste dormir. Juste dormir ! Pourquoi mon esprit me prive-t-il du seul moment de répit de la journée ?

Pourquoi m'oblige-t-il à remonter, toujours remonter, toujours réentendre, revoir, revivre, sans pouvoir dormir, dans un enchevêtrement confus, perdu, toujours, toujours...

Et quand je dormirai -si j'arrive à m'en dormir -je n'y arrive pas, je n'y arriverai pas, je n'y arriverai pas, c'est impossible, j'ai trop mal, trop peur, trop plein !

Mais si j'y arrive, car j'y arriverai, j'y arriverai forcément, je finis toujours par y arriver, quand j'y arriverai, est-ce que tout recommencera, encore ? Les voix qui remontent, les pensées qui se bousculent, éléments aléatoires, me privent de mon repos... Ou bien le froid, le froid, la peur, la froide étreinte de ma peur, le manque d'air, les appels au secours, le rien, le néant, l'écrasement, prisonnière ? Je la sens déjà cette froideur, j'ai peur, je frissonne, je ne veux pas... Je ne veux plus !

Laisse-moi ! C'est fini !

Et voilà encore une autre pensée... Penser.

Toujours.

A ce qui s'est passé. A ce qui se passera. A ce qu'il aurait fallu faire, ne pas faire. A ce qu'il faudra faire. A ce qui risque d'arriver.

Penser qu'il ne faut plus penser mais penser quand même. Ca s'entrechoque, ça se bat, ça résonne, j'ai mal. Mon coeur bat vite, vite, trop vite, arrête, calme-toi !

Je n'arriverai jamais... Jamais... Laissez-moi mon repos, mon répit !

Je m'étreins. Je veux... je veux... Taisez-vous, libérez-moi, laissez-moi, à l'aide, je ne réclame que le silence, le silence dans ma tête, un peu de vide, un peu de calme.

Je m'étreins. J'ai mal. Mal à la tête. Mal partout... Que mon cœur s'arrête, que mes pensées s'arrêtent ! Dormir, dormir ! Du repos, du vide, loin de tout ça, loin de mes mots, mes voix, mes pensées, mes confusions, dormir, dans le noir, me reposer, oublier un peu, m'échapper, DORMIR !

La tête entre les mains. Mal, mal. Chut... Chut. Chuuuuuuut !

Taisez-vous ! Plus de chanson maintenant, plus de voix, plus de pensées, plus de couleurs ! Laissez-moi, taisez-vous !

Pourquoi à chaque fois je me retrouve à pleurer tellement j'ai mal ?

Taisez-vous !

Taisez-vous !

Laissez-moi tranquille !

Pourquoi c'est si difficile de s'endormir !

Pourquoi vous ne me laissez pas tranquille !

Pourquoi...

Pourquoi...

Laissez-moi, je vous en supplie... Je vous en supplie... Laissez-moi dormir... Pitié... Taisez-vous... Taisez-vous... Taisez-vous...

Je gémis encore, je tremble, je pleure. J'ai froid, j'ai mal à la tête.

Je veux dormir. Je veux. Je veux. Laissez-moi...

La chanson qui continue. Laissez-moi...

Les mots, les images qui défilent. Les mots... Ecrire. Non... Je n'ai plus la force... Plus la force de rien. Sommeil. Sommeil. Alors pourquoi je ne dors pas ? POURQUOI JE NE DORS PAS ????

Torture.

Froid.

Chaud.

Mal. Mal !

Repos. S'il vous plait...

Tais-toi...

La voix... Besoin d'écrire... Je ne peux pas... Les mots qui défilent.

Ecrire... Non... Dormir, vite.

Je deviens folle, folle, les mots dans ma tête me rendent complètement folle, il faut qu'ils s'en aillent, qu'ils me laissent, que je me vide, que je dorme, repos, repos, par pitié, laissez-moi tranquille !

Je ne sens plus rien, juste mon mal, je me perds dans ma tête, j'aurais dû, il faudrait, qu'ai-je fait, pourquoi, et si, souviens-toi...

NON ! Je ne veux pas me souvenir ! Je ne veux plus réfléchir ! Je veux dormir, dormir, une bonne fois pour toutes, me reposer !

Elles continuent, perfides, et moi je n'en peux plus, j'ai trop mal, trop chaud, trop froid, je tremble, je m'étreins moi-même pour me réchauffer, j'ai mal, je pleure, laissez-moi dormir, laissez-moi dormir, mais cette simple phrase se mêle aux autres, vient s'ajouter à la cacophonie qui règne dans mon esprit, qui m'abrutit, qui me détruit. Taisez-vous, taisez-vous, laissez moi, taisez-vous...

TAAAAAISEEEEEEEEEZ-VOUUUUUUUS !!!

Pitié...

Je ne me sentirai pas partir. Je ne me sens jamais partir. Je me demande toujours comment je fais pour m'endormir ces fois-là, ça me paraît impossible, toujours. Peut-être que je finis tout simplement par tomber de fatigue, exténuée par moi-même, par mon combat. Même quand le corps meurt de fatigue, il faut éreinter l'esprit pour pouvoir trouver le sommeil...

Mais je tomberai, une fois de plus. Dans le noir. Trop tard pour être bien reposée.

Je retomberai dans son froid. Privée d'air, privée d'espoir, privée de tout ce qui pourrait faire que je suis moi. Plus rien, plus rien, je n'aurai plus rien que cette obsession, cette oppression,

Le cœur qui bat toujours trop vite, je rouvrirai les yeux, la bouche, grande inspiration. De l'air ! De l'air ! Je vivrai.

Ce matin, je n'arriverai pas à me lever.

Bloquée, fourbue. Reposée ?

Pas plus qu'hier soir, quand mon esprit me torturait, quand je me battais contre ces mots, contre ces voix.

Mes nuits sont un combat perpétuel. Contre moi. Contre elles. Les voix, les images, les pensées, les notes. Contre son froid à Elle. Son étreinte qui m'empêche de respirer.

Cette nuit encore je me suis noyée.

J'ai eu beau appeler, me débattre...

Je ne la vaincrai jamais.

Maudite.

Ce matin, j'ai encore pleuré.

Ce matin, je ne veux pas me lever. Je voudrais dormir, dormir pour de vrai, loin des voix, loin des mots, loin de l'eau, dormir du sommeil qui repose.

Oui mais ce matin, comme tous les matins, je dois me lever...
 

Aug. 27th, 2008

Le vent en coupe

 
Mercredi 27 août 2008 - 18h30  
 
"Suffisamment pour que je ne puisse plus les attacher."
 
Elle acquiesce, me fait asseoir.
Je patiente. Elle tire, accroche, coupe. Je me sens partir, petit à petit, tomber en morceaux. Comme c'est facile de perdre tout ça...
Elle me parle. Je réponds évasivement. Je n'ai pas envie de parler. Ma voix me trahirait.
Elle doit me prendre pour une excentrique, avec une telle demande, à parler si peu, et à vouloir garder les yeux fermés jusqu'au bout.
Tout est pourtant tellement justifié -mais ça, elle n'est pas censée le savoir...
 
Elle tire encore. Froid. Puis chaud. Patienter. Patienter. Patienter.
C'est long, trop long, ça me laisse trop le temps de cogiter. Ne pas penser, ne pas penser, esprit vide, se concentrer sur ce qui viendra après, ou mes yeux clos me trahiront.
Ca y est. Je bouge.
 
Froid, encore. Eau. Pourquoi les gens se sentent-ils obligés de mettre de l'eau partout ?...
Chaud, maintenant. Brûlant, même. Elle tire, coupe encore un peu. Je finis de m'éparpiller.
Elle me dit que c'est fini.
Alors, seulement, je me permets d'ouvrir les yeux.
 
Surprise.
Ce n'est pas ce à quoi je m'attendais. Pas ce que j'espérais. C'est...
Différent.
Je peux être comme ça, moi ?
Mes yeux me regardent d'un air incrédule. C'est moi, vous êtes sûre ?
A ma propre vue, quelque chose semble se soulever en moi. Légère.
 
Comme je me relève, mes yeux se posent au sol. Bouts de moi...
L'espace d'un instant, je suis tentée d'en ramasser, de les garder.
Non.
Tout laisser là. Ca ne servirait à rien, de toute façon.
 
Je la remercie. Je paie. Je sors. J'étais sa dernière, aujourd'hui.
 
L'air frais me bat le visage. L'air... Cela faisait longtemps que je n'en avais pas profité. Sortir, respirer. S'enivrer de cet air.
Respirer, souffler. Marcher. Cela faisait longtemps que je n'avais pas marché comme ça. Rien dans les bras. Rien sur le dos. Rien dans l'esprit, seules quelques notes dans mes oreilles, qui résonnent, me transportent...
Juste marcher, juste moi, juste cet air qui m'effleure, me frôle, me porte.
Fermer les yeux, inspirer.
Je suis moi. Nouvelle moi.
Je me sens légère. Un poids en moins sur les épaules. Légère. C'est drôle.
 
Je ferme les yeux pour profiter de la voix dans mes oreilles. Mon passage préféré.
 
Destinée. Survie. Paradis. Amour. Innocence. Toujours. Destruction. Conséquences. Enfer. Vie. Infini.
 
Un frisson. Toujours pareil à ce moment-là.
Je prends conscience que je vais les voir, eux, et que j'entendrai cette voix en vrai...
Ca me parait incroyable... Après tant d'attente. Alors qu'il n'y avait plus d'espoir.
 
Face à l'air, plus légère, je reprends mes habitudes. Marcher au rythme de la voix. Battre le rythme de basse sur ma cuisse, comme j'avance. Yeux ouverts en grand, j'oublie de ciller. Alors c'est comme ça, chez moi... Cela faisait si longtemps que je n'avais pas fait ce chemin. C'est peut-être vrai qu'il faudrait que je sorte un peu plus.

Vous êtes vraiment sûrs que c'est chez moi ? Je ne sais plus. Je n'ai plus trop de vrai chez moi.
Plus de repères...
Toutes ces choses que je connais, que j'ai connues, qui changent, qui disparaissent petit à petit.
 
Ici, il y avait une fille que j'aimais bien, à l'époque. Et là, telle famille.
Et puis à cet endroit... Oh, ils ont construit une nouvelle maison !
 
Regarder. Avancer.
 
J'évite une voiture. Raté ! Ce n'est encore pas pour cette fois.
 
Non, cette fois, j'avance. Je vois les automobilistes, à travers leurs pare-brise. Je vois même leurs yeux, qui se plantent parfois dans les miens, si fatigués et abimés, si éprouvés mais pourtant toujours clairvoyants.

Je décrypte leurs expressions. Suis-je si surprenante, si intrigante ?
Ils me regardent, et je me repais de leurs regards. Je ne comprends pas pourquoi vous me regardez. Mais allez-y, regardez-moi. Admirez mon assurance dans mes pas, admirez la vitesse à laquelle je marche.
Etonnez-vous de me voir ici, tout en noir au soleil, à marcher sur ce trottoir quasiment inutilisé, dans ce coin de vie où les jeunes sont bien peu présents.

...Les jeunes... Tiens, en voilà justement trois pour me faire mentir, à vélo.
C'est drôle, leurs visages m'indiquent qui ils sont. Lui, le frère de celui-là, qui était au collège avec moi... Et lui, sa sœur prenait le bus avec moi. Le troisième... Non, je ne le connais pas.
 
Monter le son, maximum. Ne pas écouter leur discussion, ni leurs rires. Croiser leurs regards, et me détourner. Juste assez pour les intriguer. Qui est-elle, celle-là, on ne l'avait jamais vue dans le coin...
Que quand je serai passée, il reste dans leur mémoire un fantôme de moi, furtif, comme un point d'interrogation dans un coin de leur tête, que mon visage leur dise quelque chose si jamais ils venaient à me recroiser.
Vanité feinte. Et pourtant que leurs regards me libèrent.
 
Regardez-moi, regardez-moi ! Moi-même, je n'y crois pas.
Je marche, je peux encore marcher, me tenir debout.
Je peux faire face au vent, affronter ses caresses, les yeux tantôt ouverts pour observer ce qui m'entoure, mettre dans un coin de mon esprit chaque chose que je vois, tantôt fermés pour profiter de cette sensation de liberté, de légèreté. 

Comme je marche vite ! Trop vite, peut-être. Ne devrais-je pas faire demi-tour, marcher encore un peu, avant de rentrer ?
 
Et toujours ces gens sur le bord de la route. Bonjour ! Bonjour ! Vous n'avez aucune idée de qui je suis, pas plus que moi je sais qui vous êtes, mais passez une bonne journée, même si elle touche à sa fin !
Et ces regards, toujours, ces regards ! Admirez avec quelle légèreté d'esprit je peux marcher ! Admirez l'assurance dont je fais preuve !
 
Le grand jeu du paraître est à nouveau en marche. Fausse vanité, fausse fierté. Feindre le dédain tout en ayant l'air ouvert, sympathique, aimable ! Leurs têtes, quand je leur dis bonjour !

Que vont-ils faire ? On lit l'indécision sur leurs visages. Que doivent-ils faire ? Répondre, ne pas répondre ? Mais qui suis-je, à oser m'adresser à eux aussi librement alors que je ne les connais pas ?

Peut-être que certains me reconnaissent, mais moi-même ne me reconnais pas. Peut-être d'autres sont-ils simplement heureux d'entendre une autre voix que la leur aujourd'hui...

Visages méfiants, intrigués, sourire de gratitude. Quel test plus humain y a-t-il à faire que celui, tout simple, de saluer toutes les personnes que l'on croise d'une voix chaleureuse et assurée, un sourire sur les lèvres ?
 
Et toujours leurs regards... Voyez, voyez-moi, cherchez à vous imaginer qui je suis, ce que je suis, pourquoi je suis là ! Attiser la curiosité de tous. Qui suis-je ? Ce que vous voulez que je sois. Je suis moi et c'est tout. 

Je suis une marcheuse contre le vent, qui écoute la musique si fort que vous en entendez vous même les paroles, sans pouvoir les comprendre.
Je suis la marcheuse qui d'un ton léger vous souhaite un bon jour le sourire aux lèvres, les yeux le plus chaleureux possible.
 
Insouciante. Intrigante. Surprenante. Etrange. Effrayante ? Insolente. Prétentieuse ? Peut-être, mais surtout, toujours, insouciante...
 
Le grand jeu du paraître est à nouveau en route. J'ai repris les cartes en main. Cette fois, je ne veux pas les lâcher. Je le ferai sûrement, mais pour le moment, laissez-moi profiter de cette légèreté de mon esprit, porté par le vent, par la musique, par mes pas qui ne touchent presque plus le sol, par vos regards qui m'amusent et m'encouragent, quels qu'ils soient.
 
La chanson qui tourne en boucle est sur le point de se terminer pour la troisième fois, et je rentre enfin chez moi, en chantant tout haut des mots que peu peuvent comprendre ici, mais des mots qui me transportent.
 
"Nagashita namida no ato gensou no hana ga sakou..."
 
Miracle des larmes versées, les fleurs de tes illusions sont sur le point d'éclore...
 
Je devrais être ainsi plus souvent. Mais pas trop, non plus, sinon je risquerais de perdre ces sensations, de ne plus savoir profiter de cette liberté, de cette légèreté.

Car oui, aujourd'hui, mon cœur est toujours pris et il risque de le rester longtemps, mais mon esprit est libéré, et mon corps est prêt à s'envoler de légèreté.

Aujourd'hui, j'ai renouvelé à ma guise un des grands clichés de la logique féminine. J'ai littéralement ôté un poids de mes épaules...

Aujourd'hui, quand les gens me regardent, ils voient une fille qui semble être moi. Une fille qui se rapproche férocement d'un moi auquel je n'aurais pu totalement croire.

Aujourd'hui, quand je me regarde dans un miroir, je vois ce qui pourrait, à quelques kilogrammes et nuances de couleurs près, être mon idéal féminin.

Aujourd'hui, j'ai encore beaucoup à faire pour que mon paraître devienne une vérité. Pour que la légèreté me porte comme elle m'a portée. Pour trouver une vraie sérénité.

Aujourd'hui, j'ai encore un peu changé. A ma manière.
 
Aujourd'hui, j'ai marché.
Et j'ai avancé.
 

Aug. 9th, 2008

Eternel recommencement

Samedi 9 aout 2008 - 04h05


Ca fait déjà quelques temps que je le sentais venir. 

Quelques nuits sans repos -et toujours cette quête d'air, sans relâche, sans pourtant souhaiter vraiment respirer à nouveau.

Les yeux ouverts si grands que l'on n'en voit plus rien. Les mains qui tremblent ; non. Tout tremble. Un peu. Puis fort, très fort.

L'eau qui tombe, sans arrêt. L'eau dans laquelle je tombe. Toujours cette eau. Et rien que je peux faire contre.
Noyade.

Et le feu qui me brûle. Seule défense contre l'eau.

L'esprit qui tourne si vite que ma tête est douloureuse, prête à éclater. Je voudrais qu'on me l'arrache. D'un coup. Ou qu'elle explose, pour de bon.

Pour ne plus la supporter.

Ce creux là, juste là, dans ma poitrine. Un vide lourd, dérangeant. De l'air, de l'air, mais je n'en ai pas. J'ai beau inspirer profondément je me sens toujours aussi vide, je manque toujours d'air. Ca m'étouffe. Que quelqu'un me perce la poitrine, une bonne fois. Arrachez-moi ce vide, le cœur, toutes mes tripes, tout, pourvu que ça cesse, dépêchez-vous !

Et les mains qui tremblent toujours. Qui font n'importe quoi. Qui sont prêtes à faire n'importe quoi. A quoi elles servent ces mains ? Elles ne m'apaisent même pas. Couper ces mains, enfin, ces mains inutiles même pas capable de me délivrer. L'esprit n'est plus là pour les retenir. Elles font n'importe quoi.

A moins que ce ne soit l'esprit qui est trop là. A moins que ce ne soit l'esprit que je ne retiens pas. Je sais tout ce que je fais - mon esprit le veut !

Comment puis-je être si lucide lors de mes pertes de contrôle ? Pourquoi mon esprit m'impose-t-il ça ?

Quelle autre défense ai-je que celle d'apprendre au mieux à, sinon aimer, au moins apprécier ces instants ?

C'est comme une drogue, maintenant. Je croyais que tout était fini. Je pensais avoir arrêté, mais non. Même en me retenant, même en croyant avoir été débarrassée... Tout revient.

J'aurais dû me méfier des premiers signes. Ne pas refaire la même erreur. Ne pas penser que ça passerait.

J'aurais dû prendre sur moi.

J'aurais dû...

Mais le voulais-je seulement ? Ca m'appelle, c'est en moi. Ca ne m'a jamais quitté vraiment.

Ca faisait longtemps que je me retenais. Depuis quelques semaines, je me sentais lâcher.

Et cette nuit, j'ai recommencé.

Jul. 21st, 2008

Libérez-moi

Lundi 21 juillet 2008 - 03h35


Dormir... du sommeil profond, sans questions, sans images, sans couleurs. Sans même un bruit.
Dormir enfin... du sommeil lourd, libérateur, celui qui repose, celui qui soulage.
Dormir... Juste fermer les yeux, ne plus rien penser, ne plus rien sentir. Juste dormir. Oublier. Un instant, un court instant, un long instant, un instant qui frôle l'éternité. Dormir, voler, partir

Fatigue... L'épuisement physique n'est rien face à l'épuisement moral. Ne plus avoir à tenir. Offrir son esprit aux ténèbres. Se reposer. Ne plus pleurer, ne plus avoir à étouffer ses cris. Ne pas rêver.

Juste dormir. Entendre intérieurement ce cœur qui bat d'un bout à l'autre de mon corps, qui ralentit de manière régulière, jusqu'à l'inconscience.

Laisser le noir m'envahir. Ma respiration s'apaiser jusqu'à ce qu'on ne l'entende plus.
Dormir. Fermer les yeux
Dormir.

Et demain matin...
Ne pas me réveiller.
Les yeux fermés.

Plus de cauchemars, plus de lumière. Plus de rage ou de combat. Plus de rien.
Plus de réveil.
Plus jamais...

Juste dormir.

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